Description de la mobilité quotidienne des franciliens

L’influence de la mobilité quotidienne sur la santé et le recours aux soins fait aujourd’hui l’objet d’une reconnaissance croissante en géographie de la santé et en épidémiologie sociale. De nombreuses études ont montré l’influence du quartier de résidence sur l’état de santé et le recours aux soins des d’individus.

La mobilité quotidienne des habitants est de plus en plus souvent prise en considération dans l’aménagement urbain, notamment pour identifier les besoins de transports collectifs ou d’autres équipements et services. Elle est également utilisée pour définir des zonages géographiques, par exemple le zonage des aires urbaines de l’INSEE. Sa prise en compte dans l’analyse des inégalités socioterritoriales de santé et de recours aux soins est plus récente.

Dans le cadre de notre équipe de recherche ERES, nous nous sommes intéressés aux caractéristiques des différentes destinations des participants à partir de leur quartier de résidence et l’influence des différents quartiers fréquentés sur la santé et le recours aux soins, en nous appuyant sur les données de la cohorte SIRS (Santé, inégalités et Ruptures Sociales), recueillies en 2010 auprès d’un échantillon représentatif de 3000 personnes francophones vivant dans le Grand Paris.

Trois quartiers fréquentés ont été retenus : le quartier du travail ou d’études, le quartier du médecin traitant et le quartier le plus fréquemment fréquenté en dehors de ceux-ci.

Trajectoires des participants du quartier de résidence au quartier de travail ou d’études

Les déplacements domicile-travail (ou domicile-quartier des études pour les étudiants) sont conséquents en Île-de-France. De fait, les actifs et les étudiants parcourent en moyenne 7,1 km entre leur domicile et leur travail. Un quart des personne concernées font plus de 10 kms pour rejoindre leur quartier de travail ou d’étude.

Des 4 départements couverts par SIRS, c’est en Seine-Saint-Denis que les actifs et les étudiants travaillent ou étudient le plus souvent en dehors de leur département de résidence.

Globalement, une majorité des participants qui travaillent ou étudient le font dans un quartier du même type socio-économique que celui de leur quartier de résidence. Seulement un quart des actifs et des étudiants habitant dans un quartier pauvre travaillent ou étudient dans un quartier moyen ou riche. A l’inverse, seuls 2,1% des personnes habitant dans un quartier riche travaillent ou étudient dans un quartier pauvre. Ces résultats soulignent l’importante ségrégation socio-spatiale du Grand Paris qui n’est donc pas seulement résidentielle.

Mobilité quotidienne, Résidence - travail/études
Figure 1. Trajectoires spatiales du quartier de résidence au quartier de travail ou d’études : exemple de quelques quartiers dans 8 villes du Grand Paris (SIRS, 2010).

 

Trajectoires des participants du quartier de résidence au quartier du médecin

Les déplacements intercommunaux ne sont pas rares pour aller consulter son médecin traitant. En moyenne, les participants de SIRS consultent leur médecin traitant à 3,9 km de leur domicile (distance entre centromères des quartiers respectifs).

Une majorité (72,7%) des participants de SIRS consultent leur médecin traitant dans un quartier du même type socio-économique que celui de leur de résidence. 24,8% des individus ont une distance résidence – médecin traitant plus grande que résidence – travail. A l’inverse, 26,8% des résidents des quartiers pauvres consultent leur médecin traitant dans un quartier plus favorisé. Il est exceptionnel, à l’inverse, que les habitants des quartiers riches consultent dans des quartiers pauvres.

Mobilité quotidienne, Résidence - médecin traitant
Figure 2. Trajectoires spatiales du quartier de résidence au quartier du médecin traitant : exemple de quelques quartiers de SIRS dans 8 villes du Grand Paris (SIRS, 2010).

Trajectoires des participants du quartier de résidence au quartier quotidiennement fréquenté

Environ 70% des personnes interrogées ont déclaré fréquenter régulièrement d’autres quartiers et ont décrit celui qu’elles fréquentaient le plus souvent.

Les principales raisons pour fréquenter ce quartier étaient, dans l’ordre décroissant : pour voir la famille, des amis ou des proches, pour se promener ou faire des activités de loisirs, culturelles ou sportives, pour faire des courses, pour consulter un médecin ou un professionnel de santé, pour des raisons professionnelles, résidence secondaire/autre logement/vacances, pour accompagner quelqu’un, pour des activités communautaires ou associatives.

Ces quartiers sont généralement plus loin des quartiers de résidence (en moyenne à 7.2 km) que les deux précédents. Les participants fréquentent des quartiers qui ont le plus souvent le même profil socio-économique que leur quartier de résidence ou des quartiers avec un profil socio-économique moyen.

Les Parisiens (intra-muros) fréquentent très majoritairement (à 86%) des quartiers intra-muros plutôt que d’autres quartiers franciliens. Les participants des Hauts-de-Seine fréquentent de façon équivalente des quartiers parisiens (40%) et des quartiers dans leur département (40% également). Les participants résidant dans le Val-de-Marne fréquentent, eux, plus des quartiers parisiens (50,0%) que des quartiers de leur département de résidence (34,1%).

Mobilité quotidienne, Résidence - quartier quotidiennement fréquenté
Figure 3. Trajectoires spatiales du quartier de résidence au quartier le plus fréquemment visité : exemple de quelques quartiers dans 8 villes du Grand Paris (SIRS, 2010).

Ces premiers résultats montrent la complexité de la prise en compte des multiples espaces vécus par les individus dans l’agglomération parisienne. Ils soulèvent la question de l’effet de cette complexité des multiples espaces vécus sur la santé ou le recours aux soins des individus. Les prochaines publications présenteront l’influence de ces espaces vécus sur la santé ou sur le recours aux soins.

Références

Brondeel R, Weill A, Thomas F, Chaix B. Use of healthcare services in the residence and workplace neighbourhood: the effect of spatial accessibility to healthcare services. Health Place 2014;30:127-133

Vallée J, Le Roux G, Chauvin P. Quartiers et effets de quartier. Analyse de la variabilité de la taille des quartiers perçus dans l’agglomération parisienne. Ann Géo 2016; 708: 119-42

Auteur : Médicoulé Traoré

Géographe de la santé, je suis ingénieur d'études dans l'équipe de recherche en épidémiologie sociale (ERES). Je travaille sur l’analyse spatiale des données de la cohorte SIRS, notamment sur l’intérêt de prendre en compte de multiples espaces fréquentés au quotidien dans la caractérisation des inégalités socio territoriales de santé dans l’agglomération parisienne.