Le point sur l’épidémie de VIH en 2016

Où en est-on dans l’histoire de l’épidémie du VIH? Combien de personnes sont infectées aujourd’hui dans le monde? Est-ce que tout le monde a accès aux traitements ? Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui que l’épidémie régresse ? Quels sont les enjeux et les stratégies de demain pour parvenir à l’éradiquer ? Retour sur quelques chiffres clefs présentés à la Convention Nationale de Sidaction le 3 juin 2016.

Dans le monde, on compte près de 36,9 millions de personnes contaminées. Plus de 17 millions de personnes infectées ignorent encore leur séropositivité, constituant ce qu’on appelle « l’épidémie cachée du VIH », ce qui pose un problème d’envergure concernant la transmission du virus. Le nombre de personnes traitées par antirétroviraux a maintenant atteint les 17 millions, ce qui représente une avancée majeure de ces dernières années. Cependant, cela suggère qu’un grand nombre de personnes diagnostiquées ne sont toujours pas traitées, alors qu’en 2015 l’OMS se prononçait en faveur du traitement universel. Concernant l’évolution de l’épidémie, on peut difficilement dire qu’elle touche à sa fin car en 2014 on comptait 2 millions de nouveaux diagnostics dans le monde et on estimait à 6000 le nombre de nouvelles infections par jour. Enfin, le Sida était responsable d’1 million de décès dans le monde en 2014. La lutte contre l’épidémie est donc bien loin d’être terminée malgré ces chiffres encourageants.

Le prochain objectif fixé par l’Onusida (le programme commun des Nations Unies sur le VIH/Sida, Unaids en anglais) à l’horizon 2020, appelé le « 90-90-90 », consiste à améliorer les différentes étapes de la  « cascade de soins » : 90% des personnes porteuses du virus dans le monde au courant de leur séropositivité,  90% des personnes diagnostiquées traitées et 90% des personnes traitées avec une charge virale indétectable (signe de la maîtrise de l’infection grâce aux traitements). Il s’agit d’un objectif, certes, ambitieux, mais n’oublions pas que le « 15 by 15 » (15 millions de personnes traitées en 2015) semblait quelques années en arrière irréalisable et qu’aujourd’hui plus de 17 millions de personnes sont sous traitement antirétroviral dans le monde.

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Objectif Onusida horizon 2020 [source : Unaids]

Qu’en est-il en France ?

En 2010, les estimations ont montré que 149 900 personnes étaient contaminées par le virus, 121 100 étaient diagnostiquées, 111 500 étaient dans le soin, 90 100 étaient traitées par antirétroviraux et 77 400 présentaient une charge virale indétectable. Il reste donc encore un peu de chemin à faire pour atteindre le « 90-90-90 ».

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Cascade de soin  des personnes vivant avec le VIH en France en 2010 [source : Supervie V, CROI 2013, Abstract 1030 (TARV=traitement antirétroviral, CV=charge virale)]

De plus, on compte 6000 à 8000 nouvelles infections et environ 1300 à 1700 décès par an, ce qui se traduit par une augmentation de l’épidémie en France. On estime que le nombre de personnes infectées par le VIH atteindra 200 000 en 2020. Pourquoi n’arrive-t-on pas à faire diminuer le nombre de nouvelles infections ? Il s’avère que le délai entre infection, diagnostic et mise sous traitement est trop long (4,6 à 8,5 ans en médiane selon le groupe, avec une durée plus élevée chez les hétérosexuels et les usagers de drogues et un peu plus faible chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes).

Il semble donc essentiel de parvenir à dépister et à traiter l’ensemble des personnes porteuses du VIH le plus rapidement possible et d’éviter ainsi la transmission du virus. La prévention est également toujours une priorité. Pour cela, de nombreuses stratégies ayant démontré leur efficacité existent et doivent être davantage déployées (préservatifs, circoncision, TasP*, PrEP*, PTME*, prise en charge des infections sexuellement transmissibles etc.). Plusieurs villes se sont engagées dans des démarches pour lutter activement contre l’épidémie et promouvoir ces actions de manière combinée. C’est le cas notamment de la ville de Paris, qui a récemment lancé le programme « Paris Sans Sida » visant à éradiquer l’épidémie dans la capitale d’ici 2030.

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D’autre part, soulignons les importantes avancées de ces 20 dernières années du côté des traitements antirétroviraux, en rappelant que nous sommes passés depuis le début de l’épidémie de traitements très agressifs avec plusieurs prises de plusieurs comprimés chaque jour au STR, le « Single Tablet Regimen », ou comprimé unique. De plus, des essais thérapeutiques en cours laissent entrevoir la possibilité future de passer à des injections médicamenteuses plusieurs fois par an. La liste des médicaments est également revue et mise à jour chaque année de manière à ne laisser sur le marché que les molécules les mieux tolérées et les plus efficaces, pour abandonner celles présentant des effets secondaires et optimiser l’observance et la qualité de vie des patients. Des essais sont en cours pour espérer trouver un vaccin contre le virus du Sida, mais pour l’instant aucun n’est arrivé au bout des différentes phases du développement vaccinal.

Pour finir, notons qu’avec l’amélioration des traitements et de la prise en charge de l’infection, la durée de vie des personnes vivant avec le VIH augmente, et la population séropositive « vieillissante » doit faire face à de nouvelles problématiques : vivre avec des comorbidités (cancers, maladies cardiovasculaires) et des traitements supplémentaires en multipliant leurs effets secondaires, accéder à une retraite malgré une vie professionnelle quelque peu chamboulée par la maladie ou encore parvenir à une bonne intégration dans les Ehpad.

Sources :

*Glossaire :

  • TasP : « Treatment as Prévention », stratégie consistant à utiliser le traitement antirétroviral pour réduire le risque de transmission du VIH par les personnes séropositives.
  • PrEP : « Prophylaxie Pré-Exposition », stratégie permettant de réduire le risque d’infection par le VIH pour une personne séronégative encourant des risques, à l’aide d’un traitement antirétroviral.
  • PTME : « Prévention de la Transmission de la Mère à l’Enfant », actions qui consistent à diminuer ou empêcher la transmission du VIH de la mère à l’enfant lors de la grossesse et de l’allaitement.

Auteur : Laure Tron

Doctorante en épidémiologie sociale, je travaille sur le recours au dépistage des cancers et les facteurs de risque cardiovasculaire parmi les personnes vivant avec le VIH en France (enquête Vespa)