L’espérance de vie en France : quelques chiffres

Espérance de vie

Lorsque l’on étudie les populations humaines, leur état (nombre, répartition géographique, répartition par âge, par sexe, etc.) et leur dynamique (évolution en fonction du rythme des naissances et des décès, des migrations, etc.) et les facteurs socioculturels ou biologiques qui agissent sur ces caractéristiques, l’un des indicateurs statistiques les plus utilisés est l’espérance de vie à la naissance. Qu’est ce que cet indicateur signifie ? Actuellement quelle est l’espérance de vie (à la naissance) en France ? Et comment peuvent être expliquées les différences d’espérance de vie entre hommes et femmes ? Ce billet tentera de répondre à ces questions.

Qu’est-ce que l’espérance de vie à la naissance ?

Comme l’explique en détail cette vidéo de l’Institut national d’études démographiques (Ined), l’espérance de vie à la naissance – ou à l’âge 0 – pour une année donnée est égale à la durée de vie moyenne – ou l’âge moyen au décès – d’une population fictive qui vivrait toute son existence dans les conditions de mortalité de l’année considérée. Autrement dit, c’est la durée de vie moyenne d’une génération fictive née l’année considérée et qui aurait, à chaque âge, la probabilité de décéder observée cette année-là dans la population (ce n’est donc pas, contrairement à ce qu’on pourrait croire, une projection future de l’âge moyen au décès de la véritable génération née l’année considérée puisque ces nouveaux nés connaitront, en réalité, des conditions de mortalité différentes, difficiles à prévoir, en fonction du progrès médical mais aussi de l’apparition d’épidémies, de la survenue de phénomènes climatiques, de guerres, etc.).

Pour aller plus loin : Si vous souhaitez décortiquer ou utiliser cet indicateur voici lformule utilisée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui permet de calculer l’espérance de vie à la naissance.

Quelle est l’espérance de vie à la naissance en France ?

D’après le tableau des résultats de l’Insee, l’espérance de vie à la naissance en France en 2015 est de 85 ans pour les femmes et de 78,9 ans pour les hommes dans les conditions de mortalité de 2015. Entre les hommes et les femmes, on observe un écart d’espérance de vie en moyenne de 7,1 ans en 2004 et de 6,1 ans en 2015. Même si cet écart homme/femme tend à se réduire au fil des années, il n’est pas négligeable.

Des différences entre catégories socioprofessionnelles sont également observées : par exemple en 2009-2013, l’écart entre l’espérance de vie des cadres et celle des ouvriers est en moyenne de 6,4 ans pour les hommes et de 3,2 ans pour les femmes, en faveur des cadres [1].

Il existe également des différences entre niveaux d’études : pour la même période 2009-2013, l’écart entre l’espérance de vie des diplômés du supérieur et des non-diplômés (sans certificat d’études primaires ni brevet) est en moyenne de 7,5 ans pour les hommes et de 4,2 ans pour les femmes, en faveur des diplômés du supérieur [1].

Comment expliquer ces différences d’espérance de vie entre hommes et femmes ?

La plus longue espérance de vie des femmes par rapport aux hommes peut être expliquée par de nombreux facteurs, comportementaux mais aussi biologiques. Du point de vue des comportements, il a été observé que dès l’enfance les hommes adoptaient des comportements plus à risques [2] et un mode de vie moins favorable à une bonne santé. Par exemple, on peut constater une plus forte tendance chez les hommes au tabagisme, à l’alcoolisme, à une conduite plus dangereuse, à l’exercice d’un métier aux conditions de travail plus durs et plus soumises aux risques professionnels. On observe également des différences dans la manière de se soigner (par ex. : à état de santé identique, les femmes consultent plus volontiers que les hommes) et une sensibilité des hommes moins importante aux messages de prévention [3], reflétant des différences de genre dans les rapports au corps, à la santé et aux soins.

Pour aller plus loin : A lire au sujet des comportements à risques l’article au ton décalé du British Medical Journal (BMJ) rapportant une étude sur les comportements stupides en fonction du genre et sur « la théorie du mâle idiot ». 

Biologiquement, les différences entre les hommes et les femmes sont aussi nombreuses. Il a été montré notamment que les femmes posséderaient des avantages biologiques tels qu’une meilleure protection hormonale, un environnement plus favorable à l’auto-renouvellement des cellules souches [4] ou encore un système immunitaire qui déclinerait moins vite que celui des hommes [5].

Sachant que certains comportements masculins et féminins se sont rapprochés au cours des dernières années (par exemple le tabagisme) et que l’espérance de vie n’est pas un outil prédictif des probabilités de décès, il est difficile de prévoir l’évolution de l’espérance de vie en France et de ses écarts entre hommes et femmes.

 

Références :

  1. Nauze-Fichet E, Champion J-B, Collin C, Lesdos-Cauhapé C, Quénechdu V. Les hommes cadres vivent toujours 6 ans de plus que les hommes ouvriers. Insee première. Février 2016 ; (n°1584).
  1. Cárdenasa J-C, Dreberb A, von Essenc E, Ranehilld E. Gender differences in competitiveness and risk taking: comparing children in Colombia and Sweden. Journal of Economic Behavior and Organization. June 2012, Volume 83, Issue 1, Pages 11–23.
  1. Peretti-Watel P, Seror V, du Roscoät E, Beck F. La prévention en question: attitudes à l’égard de la santé, perceptions des messages préventifs et impact des campagnes. Evolutions (Inpes). Juillet 2009 ; (n°18).
  1. Hirokawa K, Utsuyama M, Hayashi Y, Kitagawa M, Makinodan T, Fulop T. Slower immune system aging in women versus men in the Japanese population. Immun Ageing. May 2013, 15;10(1):19.
  1. Dulken B, Brunet A. Stem Cell Aging and Sex: Are We Missing Something? Cell stem cell. June 2015, Volume 16, Issue 6, p588–590.

Auteur : Iris Condamine-Ducreux

Etudiante en Master 2 Recherche en Santé publique, Paris Sud.

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