Automédication : de quoi parle-t-on ?

Le mot « automédication » n’a pas la même signification selon qu’on parle des risques de santé liés à l’automédication ou du marché de l’automédication. Il recouvre en effet des réalités diverses avec des problématiques spécifiques. Nous vous proposons de décortiquer quelques définitions de l’automédication, et de les mettre en lien avec différents articles publiés sur internet et dans la presse générale.

Etymologiquement, l’automédication – de « auto » qui signifie soi-même et « medicatio » qui renvoie à l’emploi d’un remède – désigne une pratique autonome consistant à se soigner à l’aide d’un agent extérieur

  • La définition de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)

En 1998, un groupe de travail de l’OMS a proposé une définition de l’automédication : « Self-medication is the selection and use of medicines by individuals to treat self-recognised illnesses or symptoms.  For the purposes of this definition, medicines include herbal and traditional products. » [1]. Selon cette définition les individus sont capables de reconnaître eux-mêmes leurs symptômes et leurs maladies, et de choisir et d’utiliser des médicaments pour se traiter. Aussi, le terme « médicament » est à prendre au sens large, puisqu’il est précisé que sont également concernés les herbes et remèdes traditionnels. Enfin, cette définition est décontextualisée puisqu’elle ne tient pas compte de l’environnement des individus ni du système dans lequel s’organise l’automédication.

  • La définition du Conseil National de l’Ordre des Médecins

Une autre définition a été proposée par le Conseil National de l’Ordre des Médecins en 2001 : l’automédication a été définie comme l’« utilisation, hors prescription médicale, par des personnes pour elles-mêmes ou pour leurs proches et de leur propre initiative, de médicaments considérés comme tels et ayant reçu l’autorisation de mise sur le marché (AMM), avec la possibilité d’assistance et de conseils de la part des pharmaciens. » [2]. Les différents acteurs qui peuvent intervenir directement dans la pratique de l’automédication sont ici mis en relation : la personne et son entourage, le médecin et le pharmacien. L’automédication est ici considérée comme une pratique « hors prescription médicale », c’est-à-dire en marge d’une situation de référence : la consultation médicale. Cette définition comporte également une restriction sur la nature des produits : seuls les médicaments ayant eu une AMM, c’est-à-dire de fabrication industrielle, sont des candidats potentiels à l’automédication selon l’Ordre des Médecins.

  • La définition adoptée par le gouvernement : rapport ministériel de 2007

Le rapport Coulomb considère l’automédication comme un comportement et le définit par « le fait pour un patient d’avoir recours à un ou plusieurs médicaments de prescription médicale facultative (PMF) dispensé(s) dans une pharmacie et non effectivement prescrit(s) par un médecin. Pour la cohérence du rapport nous exclurons donc de ce champ la « fameuse » armoire à pharmacie qui pose un problème différent, celui du mésusage des produits de prescription obligatoire.»[3]. On voit avec la référence à la prescription médicale, que l’automédication est à nouveau pensée comme une rupture avec la consultation médicale. Par ailleurs, ici aussi, une restriction est formulée sur la nature des produits pouvant prétendre à l’automédication : il ne peut s’agir que de médicaments à prescription facultative.  Cette définition restreint également le mode d’obtention des produits : médicament uniquement dispensé en pharmacie. L’armoire à pharmacie, c’est-à-dire les médicaments conservés à domicile, est assimilée à la réutilisation de médicaments à prescription médicale obligatoire. On voit que l’impasse est faite sur la réutilisation de médicaments à prescription médicale facultative.pharmacie-familiael-docteur-clic

  • L’automédication dans la presse

Les articles qui abordent l’automédication en termes de risques pour la santé vont plutôt se référer, implicitement ou explicitement, aux définitions proposées par l’OMS ou l’Ordre des Médecins (on peut le voir sur les sites internet Allodocteurs et Plurielles). En effet, dans cette approche, ce qui est important est la prise de médicament, peu importe que le médicament soit acheté en pharmacie ou conservé à domicile. Les articles qui traitent de la réglementation de l’automédication et surtout ceux qui abordent des considérations économiques, plus nombreux, vont eux plus souvent adopter la définition proposée dans le rapport Coulomb, en assimilant toutefois le recours à l’automédication au volume des ventes de médicaments destinés à l’automédication (on peut le voir sur les sites de le Point, le Figaro ou la Dépêche).

En conclusion, il n’y a pas une mais plusieurs définitions de l’automédication, qui dépendent de l’angle sous lequel on considère l’automédication. Ces définitions, et notamment celle du rapport Coulomb, dessinent les contours des enjeux liés à cette pratique. Ces enjeux seront abordés dans un prochain article.

1 WHO Consultative Group on the Role of the Pharmacist (4th: 1998 : Hague N, Medicines WHOD of ED and O. The Role of the pharmacist in self-care and self-medication : report of the 4th WHO Consultative Group on the Role of the Pharmacist, The Hague, The Netherlands, 26-28 August 1998.

2 Conseil National de l’Ordre des médecins. L’automédication. 2001.

https://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/automedication.pdf

3 Ministère de la santé et des Solidarités. Paris. FRA. Situation de l’automédication en France et perspectives d’évolution : marché, comportements, positions des acteurs. Rapport Public. 2007.

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