Salle de consommation à moindre risque : retour sur l’ouverture de la première salle en France

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Le 14 octobre dernier ouvrait la première salle de consommation à moindre risque en France, 10 ans après la Suisse et l’ouverture de près d’une centaine de salles de ce type dans le monde. C’est l’occasion de faire un point sur ce dispositif, sur les usagers de drogue (UD) en France ainsi que sur le virus de l’hépatite C (VHC), dont la prévalence est élevée au sein de cette population.

Dispositif expérimental pour une durée de 6 ans, l’ouverture de la salle de consommation à moindre risque est inscrite dans la loi santé adoptée en décembre 2015 par le Parlement.

Gérée par l’association Gaïa qui vient en aide aux toxicomanes, cette salle est ouverte 7 jours sur 7 de 13h30 à 20h30 et accueille des individus majeurs. Jusqu’à 200 UD peuvent être reçus par jour afin de consommer leur produit dans un environnement sanitaire sécurisé.

Les principaux objectifs de cette salle sont de limiter le risque d’overdose (et donc de décès), de limiter la transmission de maladies telles que le VHC (et également du VIH) et enfin de permettre un contact avec des professionnels afin de tenter de se soigner.

Le parcours des UD au sein de cette salle se déroule ainsi : lors de leur première visite ils sont invités à s’enregistrer (leur anonymat est toutefois conservé) et à signer un contrat d’utilisation des lieux. Un bilan sur leurs consommations ainsi que sur leur état de santé est réalisé. Le produit qu’ils s’apprêtent à consommer est vérifié. Ils prennent ensuite un ticket sur lequel est inscrit leur numéro de passage et se placent dans la salle d’attente. Lorsque le numéro de leur ticket apparaît, ils se rendent dans l’un des 12 box afin de procéder à l’injection à l’aide du matériel stérile fourni. Ils sont dans l’obligation d’utiliser ce matériel et ne peuvent en aucun cas apporter le leur. Ils ont jusqu’à 30 minutes pour réaliser leur injection. Tout ceci est réalisé sous la supervision de personnels médicaux, prêts à intervenir en cas de besoin. A la suite de leur injection, il leur est demandé de se reposer dans une salle prévue à cet effet. Un « labo fabrik » se situe également dans les locaux. C’est un atelier qui permet aux UD d’effectuer un premier pas vers une réinsertion sociale en créant des objets qui seront vendus. Enfin, avant de quitter la salle, ils ont la possibilité de consulter des professionnels de santé présents (infirmiers, médecins et assistants sociaux) pour les aider à se sortir de leurs addictions.

Cette salle se situe sur un terrain de l’hôpital Lariboisière dans le quartier de la Gare du Nord à Paris, lieu où se concentrent de nombreux usagers de la capitale. En effet, près de 3000 UD y sont suivis par des associations.

Les usagers de drogue en France : qui sont-ils ?

En 2011, les résultats de la 2ème enquête Coquelicot ont permis de caractériser la population des UD en France à partir d’un échantillon aléatoire recruté dans des structures spécialisées de 5 agglomérations (Bordeaux, Lille, Marseille, Paris et Strasbourg) et de 2 départements français (Seine-Saint-Denis et Seine-et-Marne). Au total 1568 UD ont été interviewés et dépistés. Les principaux enseignements de cette enquête sont les suivants :

  • 80% sont des hommes âgés en moyenne de 39 ans. 44% d’entre eux sont contaminés par le VHC et 10% par le VIH.
  • Près d’un quart ont un niveau d’études supérieur au baccalauréat, mais seulement 20% ont un travail.
  • Près de la moitié sont en insécurité de logement (dont 18% en très grande précarité c’est-à-dire qu’ils dorment soit dans des squats soit dans la rue).

En ce qui concerne les politiques de réduction des risques, plus des trois quarts des UD bénéficient d’un traitement de substitution aux opiacés qui leur a été prescrit par un médecin dans 90% des cas. Les pratiques de consommation diffèrent selon l’âge : les jeunes usagers de moins de 30 ans sont plus de la moitié à s’injecter leurs drogues alors qu’ils ne sont qu’1/3 après 30 ans.

Le VHC chez les UD : quels enjeux ?

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, « le virus de l’hépatite C peut entraîner à la fois une infection hépatique aiguë et une infection chronique, dont la gravité est variable, pouvant aller d’une forme bénigne qui dure quelques semaines à une maladie grave qui s’installe à vie ». Après l’infection aigüe, seuls 10 à 20% des personnes infectées réussissent à se débarrasser du virus et guérissent spontanément. Chez les 80 à 90% restants, l’infection devient chronique et le virus s’installe définitivement dans les cellules du foie. Ce virus se transmet par le sang et un des modes de contamination le plus fréquent est l’injection de drogues suite à un partage de matériel.

L’Inserm rappelle que « l’hépatite C chronique concernerait plus de 232000 personnes en France. Toutefois, seule la moitié d’entre elles a été diagnostiquée. Longtemps silencieuse, cette maladie du foie évolue dix, vingt ou trente ans avant que de graves complications apparaissent. Aujourd’hui, l’enjeu est de parvenir à diagnostiquer et à traiter les personnes infectées avant ce stade. Des médicaments permettant de guérir plus de 90% des personnes traitées sont aujourd’hui disponibles. En cela, l’hépatite C chronique est unique : elle est aujourd’hui la seule maladie virale chronique à pouvoir être guérie. »

Du fait de ces pratiques d’injection, les UD représentent une population à risque d’infections, majoritairement du VHC et du VIH. Le VHC est 10 fois plus transmissible que le VIH. Contrairement à la prévalence du VIH qui a diminué chez les UD, celle du VHC reste élevée et ce malgré les politiques de réduction des risques mises en place à partir des années 1980. C’est notamment dans l’optique de diminuer le risque de transmission du VHC que la mettre en place un dispositif permettant la baisse de la séroprévalence du VHC que la salle de consommation à moindre risque a été ouverte.

Interviewée pour SoÉpidémio, Marie Jauffret-Roustide, chercheure au CERMES3, nous rappelle dans quel contexte cette salle a été implantée et quels travaux de recherche permettront d’évaluer ce dispositif.

Liens :

1Article résultats coquelicot 2011 (http://invs.santepubliquefrance.fr//beh/2013/39-40/2013_39-40_2.html)

2Définition VHC de l’OMS (http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs164/fr/)

Auteur : Camille Bolze

Chargée d'études statistiques, je réalise entre autre des analyses statistiques en lien avec les comportements addictifs (tabac, alcool et drogues) et m'occupe de la coordination de la cohorte Tempo.

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