Le lien entre le mode de garde et la survenue de symptômes de troubles du comportement chez les enfants.

Nous avions précédemment montré que les parents socio-économiquement défavorisés utilisaient surtout des modes de garde informels (parents, grands-parents, voisins), ne pouvant accéder financièrement aux moyens de garde formels. Cet article étudie le risque de survenue des symptômes de troubles du comportement chez les enfants en fonction de leur mode de garde.

Que montre la littérature scientifique ?

Certaines études menées dans les années 80 et 90 montrent que les modes de gardes non-parentaux (grands-parents, mode de garde collectifs, etc.) sont liés à une augmentation de désobéissance et d’agressivité [1–3]. Plus récemment, quelques études révèlent que les enfants bénéficiant d’un mode de garde non-parental ont plus de troubles psychologiques par rapport à ceux gardés par leurs parents (avec un effet augmentant avec le temps de garde) [4]. A l’inverse, d’autres études ne montrent aucune influence négative des modes de garde formels sur le développement comportemental [5,6], ou au contraire, montrent un impact positif chez les enfants issus de familles socialement défavorisées [7].

La contradiction de ces résultats peut s’expliquer par l’existence d’importantes différences dans les politiques sur la petite enfance des pays dans lesquels sont réalisées ces études (au niveau de la durée du congé parental, de l’accès aux modes de gardes, de la qualité des modes de gardes). De plus, l’âge d’entrée à l’école n’est pas le même dans tous les pays, et les troubles des enfants ne sont pas mesurés au même âge dans ces études.

Quelle est la situation en France ?

Bien qu’en France, l’accès aux modes de garde soit théoriquement universaliste, il existe des inégalités d’accès (voir article premier blog). Par ailleurs, jusqu’à très récemment, en France, il n’y avait pas eu d’étude sur le lien entre le mode de garde et le comportement des enfants.

Une étude basée sur 1 428 enfants de la cohorte mère-enfant EDEN [8] dans 2 villes françaises (Nancy et Poitiers), a démontré que les enfants bénéficiant d’un mode de garde formel entre 0 et 3 ans (assistante maternelle ou mode de garde collectif) présentaient moins de symptômes de troubles psychologiques (mesurés entre 3 et 8 ans par le SDQ*) que ceux ayant un mode de garde informel (parents, grands-parents, voisins, etc.), en particulier s’ils y passaient plus d’un an avant d’entrer à l’école maternelle [9].

Les enfants ayant un mode de garde collectif étaient moins susceptibles d’avoir des symptômes émotionnels, des symptômes de troubles relationnels avec les pairs, des symptômes de troubles de l’attention/d’hyperactivité, et avaient un meilleur comportement prosocial (aider, partager, consoler, réconforter,…) que ceux bénéficiant d’un mode de garde informel (l’effet était encore plus important pour ceux qui bénéficiaient de ce mode de garde depuis plus d’un an).

Cependant, l’influence du mode de garde n’était pas la même selon les caractéristiques des enfants. Par exemple, le mode de garde formel, plus particulièrement le mode de garde collectif, a une influence positive chez les filles d’une part et chez les enfants issus de familles plus favorisées d’autre part.

Conclusion

En France, le mode de garde formel, spécialement le mode de garde collectif, considéré comme étant de très bonne qualité [10], a un effet positif sur la survenue de troubles du comportements chez les enfants.

*Le SDQ (Strengths and Difficulties Questionnaire) est un questionnaire qui mesure les niveaux de symptômes des troubles psychologiques (4 échelles de symptômes négatifs : les troubles de conduite, les troubles de l’attention/l’hyperactivité, les troubles relationnels avec les pairs,  les symptômes émotionnelles; et une échelle de symptômes positifs : le comportement prosocial).

Bibliographie

  1. Baydar N, Brooks-Gunn J. Effects of maternal employment and child-care arrangements on preschoolers’ cognitive and behavioral outcomes: Evidence from the Children of the National Longitudinal Survey of Youth. Dev Psychol. 1991;27: 932–945. doi:10.1037/0012-1649.27.6.932
  2. Belsky J, Rovine MJ. Nonmaternal Care in the First Year of Life and the Security of Infant-Parent Attachment. Child Dev. 1988;59: 157–167. doi:10.2307/1130397
  3. Rubenstein JL, Howes C, Boyle P. A Two-Year Follow-up of Infants in Community-Based Day Care. J Child Psychol Psychiatry. 1981;22: 209–218. doi:10.1111/j.1469-7610.1981.tb00547.x
  4. Gialamas A, Mittinty MN, Sawyer MG, Zubrick SR, Lynch J. Time spent in different types of childcare and children’s development at school entry: an Australian longitudinal study. Arch Dis Child. 2015;100: 226–232. doi:10.1136/archdischild-2014-306626
  5. Gialamas A, Sawyer ACP, Mittinty MN, Zubrick SR, Sawyer MG, Lynch J. Quality of childcare influences children’s attentiveness and emotional regulation at school entry. J Pediatr. 2014;165: 813-819.e3. doi:10.1016/j.jpeds.2014.06.011
  6. Barnes J, Leach P, Malmberg L-E, Stein A, Sylva K, Team the F. Experiences of childcare in England and socio‐emotional development at 36 months. Early Child Dev Care. 2010;180: 1215–1229. doi:10.1080/03004430902943959
  7. Yamauchi C, Leigh A. Which children benefit from non-parental care? Econ Educ Rev. 2011;30: 1468–1490. doi:10.1016/j.econedurev.2011.07.012
  8. Heude B, Forhan A, Slama R, Douhaud L, Bedel S, Saurel-Cubizolles M-J, et al. Cohort Profile: The EDEN mother-child cohort on the prenatal and early postnatal determinants of child health and development. Int J Epidemiol. 2016;45: 353–363. doi:10.1093/ije/dyv151
  9. Gomajee R, Khoury FE, van der Waerden J, Pryor L, Melchior M. Early life childcare and later behavioral difficulties: a causal relationship? Data from the French EDEN study. J Econ Behav Organ. doi:10.1016/j.jebo.2017.11.027
  10. UNICEF Innocenti Research Centre. The child care transition, Innocenti Report Card 8. [Internet]. 2008 [cited 13 Jul 2017]. Available: https://www.unicef-irc.org/publications/pdf/rc8_eng.pdf