La relation entre la dépression et les facteurs de risque cardiovasculaire.

heart and brain conflict

En France, 140 000 décès par an sont dus à des maladies cardiovasculaires [1] et environ 5 à 12 % de la population française souffrent de dépression. [2]. La dépression est un facteur de risque de maladies cardiovasculaires, indépendamment des facteurs de risque cardiovasculaires traditionnels.  La relation entre les maladies cardiaques et l’hypertension, le diabète et la dyslipidémie* varie-t-elle en présence de la dépression ?

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, la dépression et les maladies cardiovasculaires sont respectivement les premières causes d’invalidité [3] et de mortalité [4]. La relation entre la dépression et les maladies cardiovasculaires est bidirectionnelle. C’est-à-dire que la dépression augmente la probabilité d’avoir des maladies cardiovasculaires et vice versa.

De plus, la dépression est associée à une faible adhérence aux médicaments utilisés dans le traitement du diabète, de l’hypertension et de la dyslipidémie.  Ces facteurs de risque peuvent varier au fil du temps avec la dépression. Ainsi, la relation potentielle entre le diabète, l’hypertension et la dyslipidémie et les accidents cardiaques augmenterait en cas de dépression. C’est la raison pour laquelle il est important de tester les interactions entre la dépression et ces facteurs de risque dans la survenue de maladies cardio-vasculaires.

Pour tester cette hypothèse, nous avons étudié 10 541 adultes [5] parmi les 20 000 volontaires travaillant chez Electricité de France (EDF) et de Gaz de France (GDF) dans la cohorte française GAZEL ne présentant pas de maladies cardiovasculaires au moment du recrutement [6]. Ces derniers ont été suivis de 1994-2014 et l’apparition d’un accident ou d’une maladie cardiaque éventuels (angine de poitrine ou infarctus du myocarde) a été évaluée annuellement. La dépression a été évaluée en lors du recrutement et tous les trois ans par l’échelle de Center for Epidemiological Studies-Depression (CES-D) [7] et l’hypertension, le diabète et la dyslipidémie chaque année à partir des déclarations des participants.

Durant ces 20 années de suivi, 592 personnes ont été victimes d’un accident cardiaque. Les personnes souffrant de dépression, de diabète, d’hypertension et de dyslipidémie étaient plus susceptibles de subir un accident cardiaque que les autres. Contrairement à notre hypothèse, nous n’avons pas trouvé d’interaction entre ces facteurs de risque et la dépression.

En conclusion, la dépression est associée aux accidents cardiaques, indépendamment du diabète, de la dyslipidémie et de l’hypertension. Il est important que les médecins et les acteurs de la santé publique considèrent la dépression comme un facteur de risque cardiovasculaire en soi.

* La dyslipidemie représente un taux élévé de lipides dans le sang comme les tryglicérides et le cholestérol

Bibliographie

  1. Ministère des Solidarités e t de la Santé, Maladies cardiovasculaires. 2017, November 10.
  2. Chan Chee, C., et al., [The current state of mental health surveillance in France]. Sante Publique, 2011. 23 Suppl 6: p. S13-29.
  3. World Health Organization. Depression. 2018, March 22 [cited 2018 June 07]; Available from: http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs369/en/.
  4. World Health Organization. Cardiovascular diseases (CVDs). 2017, May 17 [cited 2018 January 11]; Available from: http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs317/en/.
  5. Hamieh, N., et al., Depression, treatable cardiovascular risk factors and incident cardiac events in the Gazel cohort. International Journal of Cardiology, 2018.
  6. Goldberg, M., A. Leclerc, and M. Zins, Cohort Profile Update: The GAZEL Cohort Study. Int J Epidemiol, 2015. 44(1): p. 77-77g.
  7. Fuhrer, R. and F. Rouillon, La version française de l’échelle CES-D (Center for Epidemiologic Studies-Depression Scale). Description et traduction de l’échelle d’autoévaluation [The French version of the CES-D (Center for Epidemiologic Studies-Depression Scale)]. Psychiatrie & Psychobiologie, 1989. 4(3): p. 163-166.