Durabilité de l’Etat-providence : le vieillissement démographique et la construction du concept de vieillissement actif

 

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Le vieillissement démographique est un phénomène qui touche l’Europe ces dernières décennies. En France, l’indicateur conjoncturel de fécondité est resté en dessous de 2,1 depuis les années 80 (taux de renouvellement) et l’espérance de vie a augmenté de 9,2 ans pour les hommes et 8,2 ans pour les femmes entre 1980 et 2018, reflétant le vieillissement de la population. Face à ces changements structurels, quels sont les défis en matière de santé ? Quelles sont les répercussions sur la durabilité de l’Etat-providence de la maintenance de soins pour les personnes âgées?

Le vieillissement actif

L’origine conceptuelle du terme « vieillissement actif » remonte aux années 60, lorsqu’aux Etats-Unis le terme « successful ageing » (vieillissement réussi) est utilisé pour définir le maintien des habitudes précédentes à la retraite dans la vieillesse. Plus tard, le terme réapparaitra sous la forme de « productive ageing » (vieillissement productif). Dans les années 90, sous l’influence de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la théorisation du vieillissement actif change de nuance en suggérant les bienfaits de l’activité professionnelle sur la santé des personnes âgées. Aujourd’hui, le concept est utilisé dans l’argumentation des décideurs politiques visant à allonger la vie professionnelle des travailleurs. En résumé, la logique du vieillissement actif basé sur le bien-être des personnes âgées, a plutôt été remplacée par une logique économique [1].

L’inquiétude sociale suscitée par le vieillissement de la population et qui a mené à la construction théorique du vieillissement actif, peut s’expliquer en faisant appel à plusieurs de ses conséquences : le vieillissement de la population active, l’augmentation du taux de retraite anticipée, la durabilité du système de protection sociale, le changement des besoins commerciaux et la pression sur la politique visant l’égalité sociale. Presque la totalité d’entre eux sont de nature économique et reflètent la crainte de l’affaissement du système de protection sociale actuel. Les réponses à ces craintes s’appuient sur des comportements individuels qui ne correspondent pas avec les besoins d’une société dont la structure démographique change. Ainsi, les différents organismes internationaux, experts de diverses disciplines et la classe politique nous amènent à réfléchir et accepter un nouveau regard sur la vieillesse, surtout du point de vue du  travail.                                              Aldersvennlig-by_carouselItemLandscape

 

Défis de la prise en charge sanitaire et sociale face au vieillissement populationnel

Un des défis les plus importants pour les personnes travaillant sur le vieillissement de la population est d’élaborer des stratégies afin de faire face aux charges économiques du système de retraite et à celles du système de santé [2].

En effet, les personnes âgées, de par la dégradation de l’état de santé avec le vieillissement et l’apparition de maladies chroniques, sont celles qui font le plus appel au système de soins [3]. Néanmoins, l’investissement dans la prévention des maladies chroniques permettrait la diminution du nombre d’années vécues avec une qualité de vie et de santé amoindrie et par conséquent faire baisser la charge des services de santé les plus onéreux [4].

Allongement de la vie professionnelle et santé

Les effets bénéfiques sur la santé du maintien de l’activité pour les sujets âgés ne sont plus à démontrer. L’idée étant de conserver les habitudes de vie préexistantes à l’âge de la retraite notamment concernant l’activité physique et mentale ainsi que le maintien du réseau social et ce afin de repousser l’apparition de maladies liées à l’inactivité et d’éviter l’isolement social [1]. La fin de l’activité professionnelle ne doit pas être vue comme le déclin inéluctable de l’état de santé.

Les arguments mis en avant au sujet de la durabilité du système des prestations sociales mettent les séniors au cœur des débats et de la responsabilité de cette charge économique. On argumente que la sortie des travailleurs seniors du marché du travail est la conséquence des nombreux avantages offerts pendant la retraite, et que par conséquent une des solutions serait de contraindre l’accès à la retraite, en repoussant l’âge minimal de départ à la retraite ou en rendant plus difficile l’accès à la pré-retraite par exemple. Cependant, au moment de prolonger la vie active des travailleurs, la réticence d’embauche des travailleurs âgés, liée au biais de perception concernant le seuil de rentabilité des séniors, est sous-estimée.

Il faudra ajouter à l’idée de la prolongation de la durée de la vie professionnelle –allant même jusqu’à ne pas avoir un âge maximal de retraite–, les problèmes structurels inhérents à la mise en place de telles mesures. La mise en place de politiques ayant pour but de repousser l’âge de départ à la retraite rendrait plus difficile la relève générationnelle et la stabilité économique familiale qui permettrait une augmentation de la natalité. Le chômage des jeunes ne paraît pas être pris en compte par les experts qui proposent de prolonger la phase de vie professionnelle.

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Conclusion

Les défis résultants du vieillissement de la population doivent être appréhendés dans une perspective plus globale. La solution à cette problématique ne devrait pas être focalisée que sur les travailleurs âgés mais devrait inclure toutes les sources de financement du système des services sociaux et donc l’ensemble de la population. De cette manière, la durabilité du système de retraite ainsi que du système de santé pourrait bénéficier à l’ensemble de la population en évoquant le principe de solidarité nationale français dans lequel la France a fondé son Etat-providence, et pas seulement à destination d’un groupe social spécifique.

 

Bibliographie

1 – WALKER, Alan. Active ageing in employment: Its meaning and potential. Asia-Pacific Review, 2006, vol. 13, no 1, p. 78-93.

2 – GRIFFITHS, Amanda. Ageing, health and productivity: a challenge for the new millennium. Work & stress, 1997, vol. 11, no 3, p. 197-214.

3 – VERBRUGGE, Lois M.; LEPKOWSKI, James M.; IMANAKA, Yuichi. Comorbidity and its impact on disability. The Milbank Quarterly, 1989, p. 450-484.

4 – FRIES, James F. The compression of morbidity: near or far? The Milbank Quarterly, 1989, p. 208-232.

 

Glossaire

Etat-providence

Concept qui évoque les Etats qui essaient d’assurer un bien-être minimum à ses citoyens. Aussi, il est possible de distinguer deux typologies d’Etat-providence en fonction du développement des Etats dans le domaine social : Etats de providence résiduelle – qui n’assument leur responsabilités que quand les familles ou le marché échouent – et les Etats-providence institutionnelles – qui s’adressent à la population entière et symbolisent un ancrage institutionnel du principe de bien-être social (ESPING-ANDERSEN, 2013).

Indicateur conjoncturel de fécondité

L’indicateur conjoncturel de fécondité est la somme des taux de fécondité par âge d’une année. Il peut être interprété comme le nombre moyen d’enfants que mettrait au monde une femme si elle connaissait, durant toute sa vie féconde, les conditions de fécondité observées cette année-là (source : Institut National d’Etudes Démographiques).

Taux de renouvèlement

Une génération assure son remplacement si le nombre de filles dans la génération des enfants est égal au nombre de femmes dans la génération des parents. Dû au rapport de masculinité à la naissance (il naît 105 garçons pour 100 filles) et de la faible mortalité infantile, le niveau de remplacement est atteint lorsque les femmes ont environ 2,1 enfants dans les pays développés (source : Institut National d’Etudes Démographiques).

 

Auteur : jjherranz

Chargé d'études statistiques, je réalise entre autre des analyses statistiques en lien avec les comportements addictifs (tabac, alcool et drogues) et m'occupe de la coordination de la cohorte Tempo.