Réduire les inégalités de santé chez les personnes LGBTI, le projet Européen « Health4LGBTI »

Les inégalités sociales de santé se réfèrent aux différences en santé, injustes et dues à la situation sociale, qui pourraient être traitées par des politiques publiques. Ces inégalités touchent particulièrement les personnes LGBTI (Lesbiennes, Gays, Bisexuel-le-s, Trans, et Intersexes) à travers les normes culturelles et sociales discriminatoires, et la stigmatisation. Pour ces raisons, l’Europe a lancé le projet « Health4LGBTI » afin de mieux comprendre et de réduire ces inégalités.

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Le projet « Health4LGBTI », commandité par l’Union Européenne,  est un projet pilote visant à explorer les besoins et les défis en matière de santé rencontrés par les personnes LGBTI et à analyser les principaux obstacles aux recours aux soins auxquels elles font face.(1) Ce projet a aussi pour objectif de fournir aux professionnel-le-s de santé Européen-ne-s des outils qui leur permettront d’acquérir les compétences et les connaissances nécessaires pour mieux prendre en charge les personnes LGBTI.

Un rapport de synthèse résumant le problème

Dans le cadre de ce projet, une revue de la littérature scientifique et un rapport de synthèse ont mis en évidence des inégalités sociales de santé physique et mentale vécues par les personnes LGBTI. Ainsi, par rapport à la population générale, le rapport souligne une santé perçue généralement moins bonne et une incidence plus élevée pour certains cancers, symptômes de détresse mentale, ainsi que pour certaines conditions psychologiques.

D’après les auteur-e-s de ce rapport, ces inégalités sont générées par l’interaction de multiples facteurs environnementaux, sociaux, culturels et politiques, dont des normes culturelles et sociales « hétéronormées » et « hétérosexistes », le stress minoritaire ou « minority stress » ressenti par des membres de groupes minoritaires stigmatisés, la victimisation, la discrimination individuelle et institutionnelle, et la stigmatisation.(2)

Accès aux soins et manuel de formation

Selon le rapport, un des obstacles les plus courants pour les personnes LGBTI dans l’accès aux soins est l’ignorance de nombreu-ses-x professionnel-le-s de santé des besoins de santé spécifiques à cette population, ce qui peut causer la non-reconnaissance de problèmes de santé ou des erreurs de diagnostic. Un autre obstacle important est la non-divulgation concernant l’orientation sexuelle ou l’identité de genre à un-e professionnel-le de la santé par peur de subir entre autres une discrimination, ou un traitement moins favorable.

Suite à ce rapport et à des enquêtes quantitatives et qualitatives au sein de 6 pays Européens un manuel de formation destiné aux professionnel-le-s de santé est en train d’être développé. Cette formation vise à améliorer les connaissances, attitudes et compétences des professionnel-le-s de la santé lors de la prise en charge des personnes LGBTI. Une meilleure connaissance des problèmes spécifiques aux personnes LGBTI, mais aussi une sensibilisation aux discriminations contribueront à améliorer leur accès aux soins et leur prise en charge.

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Une version préliminaire du manuel de formation présentée lors d’une conférence à Bruxelles en février 2018.

Prochaines étapes ?

Ce projet pilote, toujours en cours de développement, est une bonne initiative pour lutter contre les inégalités de santé subies par les personnes LGBTI. Cette initiative doit être aussi concrétisée par des politiques publiques au sein de chaque pays pour pérenniser la sensibilisation contre les discriminations selon l’orientation sexuelle et l’identité de genre au sein des systèmes de santé mais également au sein des systèmes d‘éducation.

Lire le rapport : https://ec.europa.eu/health/sites/health/files/social_determinants/docs/stateofart_report_en.pdf

Réferences

  1. Reducing health inequalities faced by LGBTI people: new training kit and research insights for health professionals | EuroHealthNet [Internet]. [cité 7 mars 2018]. Disponible sur: https://eurohealthnet.eu/media/news-releases/reducing-health-inequalities-faced-lgbti-people-new-training-kit-and-research
  2. Psychologie de la discrimination et des préjugés: De la théorie à la pratique. De Boeck Superieur; 2018. 306 p.

L’arrêt du tabac chez les adultes en France: de fortes inégalités sociales. Résultats de l’étude représentative « DePICT »

En ce « Moi(s) sans Tabac » lancé depuis 2016 par Santé Publique France, il est utile de faire un point sur le tabagisme et plus particulièrement sur les inégalités sociales face à l’arrêt du tabac chez les adultes en France.

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Chaque année, environ un tiers des fumeurs et fumeuses essaient d’arrêter de fumer,[1] sans succès pour une bonne partie d’entre eux-elles. Ainsi, le niveau de tabagisme en France est stable depuis l’année 2000,[2] et parmi les plus élevés dans les pays occidentaux.

L’arrêt de tabac est un processus qui pourrait se conceptualiser en 2 étapes : 1) tentative d’arrêt et 2) réussite ou maintien de l’abstinence.

L’étude des facteurs facilitant ou empêchant chacune de ces étapes est importante pour optimiser les campagnes anti-tabac, qui doivent cibler la motivation à l’arrêt mais aussi la prévention de la rechute. Nous avons ainsi examiné les facteurs qui distinguent chacune des étapes du processus de l’arrêt de tabac grâce aux données de l’enquête téléphonique nationale Française ‘DEPICT’ (Description des Perceptions, Images, et Comportements liés au Tabagisme) qui a recruté entre août et novembre 2016, 2,110 fumeur-se-s et ex-fumeur-se-s âgé-e-s de 18 à 64 ans.

Les participant-e-s ont été classés en 3 groupes: a) les fumeur-se-s qui n’ont jamais tenté d’arrêter de fumer, b) les fumeur-se-s qui ont tenté d’arrêter de fumer au moins une fois, et c) les ex-fumeur-se-s qui ont arrêté de fumer depuis au moins 3 mois.

Nos analyses statistiques ont montré que les fumeur-se-s qui ont tenté d’arrêter mais n’ont pas réussi leur sevrage et les ex-fumeur-se-s ont certaines caractéristiques communes en regards aux fumeur-se-s n’ayant jamais tenté d’arrêter de fumer. En effet, ces personnes sont particulièrement susceptibles de consommer du cannabis, d’avoir plus de 24 ans, de ne pas être sur le marché du travail, et d’être une femme.

De plus, par rapport aux fumeur-se-s, les ex-fumeur-se-s sont moins nombreux-ses à utiliser la cigarette électronique, à vivre avec un-e fumeur-se, ont davantage peur des conséquences du tabagisme, sont davantage en bonne santé, et sont plus nombreux-ses à avoir un diplôme universitaire.

Comment aider les fumeur-se-s qui tentent d’arrêter de fumer à y parvenir ?

Nos résultats montrent que l’utilisation du cannabis est un obstacle à l’arrêt du tabac et doit être mieux prise en considération, voire systématiquement renseignée par les acteurs de santé dans l’accompagnement de sevrage tabagique.[3]

Les résultats soulignent aussi le gradient social vis-à-vis de l’arrêt du tabac : les personnes ayant un faible niveau socio-économique ont une moindre probabilité d’arrêter de fumer par rapport aux personnes qui ont une situation plus favorisée. Ce phénomène peut expliquer en partie les disparités dans les taux de tabagisme entre différents groupes socio-économiques.[4]  En effet, en 2016 en France, la prévalence du tabagisme quotidien était ainsi presque 2 fois plus importante parmi les personnes sans diplôme par rapport à celles qui avaient un diplôme supérieur au Baccalauréat. [2]

Par ailleurs, dans notre étude, les femmes avaient plus souvent tenté d’arrêter de fumer par rapport hommes. En effet, les femmes sont plus souvent incitées à arrêter de fumer au moment d’une grossesse ou même lors de la période de préconception – même si souvent cet arrêt du tabac n’est pas durable surtout si leur conjoint fume également.[5]

Pour conclure, les interventions de promotion de l’arrêt du tabac doivent prendre en considération les facteurs liés au désir d’arrêt mais aussi au sevrage réussi et cibler de façon prioritaire les personnes les moins favorisées.[6] La question de l’impact d’interventions universelles (comme l’introduction des paquets de tabac neutres ou de l’augmentation des prix) sur les taux d’arrêt du tabagisme et les inégalités sociales dans ce domaine reste ouverte. Nous avons prévu de traiter prochainement de cette question à partir des données de la seconde vague de l’étude DePICT, actuellement en cours de recueil.

Références

[1]       Fidler JA, West R. Self-perceived smoking motives and their correlates in a general population sample. Nicotine Tob Res 2009;11:1182–8. doi:10.1093/ntr/ntp120.

[2]       Pasquereau A, Gautier A, Andler R, Guignard R, Richard J-B, Nguyen-Tha V. Tabac et e-cigarette en France : niveaux d’usage d’après les premiers résultats. BEH 2017.

[3]       Khati I, Menvielle G, Chollet A, Younès N, Metadieu B, Melchior M. What distinguishes successful from unsuccessful tobacco smoking cessation? Data from a study of young adults (TEMPO). Prev Med Rep 2015;2:679–85. doi:10.1016/j.pmedr.2015.08.006.

[4]       Peretti-Watel P, Fressard L, Bocquier A, Verger P. Perceptions of cancer risk factors and socioeconomic status. A French study. Prev Med Rep 2016;3:171–6. doi:10.1016/j.pmedr.2016.01.008.

[5]       El-Khoury F, Sutter-Dallay A-L, Van Der Waerden J, Surkan P, Martins S, Keyes K, et al. Factors predicting smoking trajectories during the perinatal period: the nationally representative French ELFE birth cohort study. Eur Addict Res 2017.

[6]       Bryant J, Bonevski B, Paul C, McElduff P, Attia J. A systematic review and meta-analysis of the effectiveness of behavioural smoking cessation interventions in selected disadvantaged groups. Addiction 2011;106:1568–85. doi:10.1111/j.1360-0443.2011.03467.x.

La cigarette électronique et les adolescents

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Cigarette électronique : marketing pour les jeunes ? Source de l’image : OnlineBDshopping.com

La première génération de la cigarette électronique fut inventée par un pharmacien chinois, Hon Lik, qui essayait d’arrêter de fumer. Il conçut en 2003 un appareil portable pour vaporiser un liquide contenant de la nicotine et produire un aérosol inhalable. Cet aérosol peut contenir certaines des substances toxiques présentes dans la fumée du tabac, mais à des niveaux largement plus faibles, le rendant moins toxique que la fumée de la cigarette [1]. Aujourd’hui, la cigarette électronique apparait donc comme un outil de substitution du tabac chez les adultes dans une optique de « réduction des risques » chez le fumeur [2]. Dans le même temps, plusieurs chercheurs et acteurs de santé s’interrogent sur son utilisation croissante et ses conséquences chez les adolescents [3].

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Peut-on parler d’une « héritabilité » ou origine génétique d’un comportement ?

Les études d’héritabilité visent à quantifier la part des facteurs génétiques dans la variation des traits phénotypiques (caractéristiques visibles de l’organisme). Avant que le génome soit directement étudiable, l’héritabilité était estimée par des études familiales, de jumeaux, ou d’enfants adoptés qui ont permis de mettre en évidence la cause génétique de certaines maladies mono-géniques rares comme la maladie de Huntington ou la mucoviscidose. En revanche, ces études sont mal adaptées pour étudier des maladies multifactorielles où plusieurs gènes peuvent être impliqués et le sont encore moins quand il existe des facteurs environnementaux et de probables interactions entre gènes et environnement, ce qui est souvent le cas en épidémiologie sociale.

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Toutes les heures ne sont pas égales: le temps, un déterminant social de la santé ?

La répartition des ressources – matérielles, financières, sociales – est au cœur de l’analyse de la façon dont les sociétés façonnent la santé.

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