Les sexes et les genres, au-delà des dichotomies

Ils sont souvent utilisés de manière interchangeable, mais «sexe» et «genre» ne veulent pas vraiment dire la même chose. En effet, le premier se rapporte aux catégories biologiques «mâle» et «femelle», un concept généralement bi-catégorique à l’exception des individus intersexués. Alors que le deuxième est un concept sociologique, une notion qui fait référence à une construction politique, culturelle et sociale non-binaire.[1] L’identité sexuée reflète comment un individu s’identifie et se rapporte à une, plusieurs, ou aucune catégories de genre socio-culturellement construit.  Si le terme de «sexe» fait principalement écho aux organes sexuels, celui de «genre» renvoie plutôt au cerveau.

Combien de « genres » existent-ils alors ?

Certains sociologues parlent d’un « spectre » ou d’un continuum de genres plutôt que de catégories ; allant de ‘féminin’ à ‘masculin’.[2] Par contre, des regroupements existent, comme celui suggéré par Facebook qui inclut plus de 52 options en matière d’identité de genre.[3]

Sandra Bem, une psychologue américaine connue pour ses études sur le genre, avait développé dans les années 70 un test mesurant la « position » d’un individu sur le spectre des rôles sexuels masculins, féminins et androgynes.[4] Cependant, puisque les sociétés (ou certaines) et les rapports sexués ont évolué depuis le développement de ce test, la pertinence de ce dernier est désormais remise en cause.

 Une socialisation dès l’enfance

«  On ne naît pas femme : on le devient » – Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe.

Selon la théorie d’apprentissage social, ce sont généralement les parents qui socialisent leur enfant à la construction des «rôles de sexe» traditionnels et à la construction de leur identité sexuée, explicitement et implicitement, en lui transmettant les comportements appropriés à leur sexe d’appartenance, et cela, dès la naissance.[5] Ces comportements seront renforcés positivement ou négativement par les parents ou les autres «agents de socialisation» dans l’entourage (pairs, famille, éducateurs/rices, média…). Il s’agit d’une socialisation différenciée.

D’autres chercheurs parlent aussi d’une « auto-socialisation » qui désigne la part active de l’enfant dans le développement de son identité.[6,7] Cela se fait principalement à travers un sentiment d’appartenance à un « genre », qui motive un enfant à ressembler aux individus du même « groupe » que lui et à se différencier de l’autre groupe.

Division des sexes et inégalités sociales de santé

Même si certaines sociétés ont évolué récemment vers des rapports entre les sexes moins traditionnels, des écarts persistent. Par exemples, les garçons sont généralement toujours plus renforcés vers une compréhension du monde physique et logique, alors que les filles sont renforcées dans leur engagement pour le monde social et interpersonnel. Cette socialisation différenciée, qui commence à l’école maternelle, marque profondément les situations d’orientation scolaire,[6] et est à est à l’origine d’une partie des inégalités salariales et sociales.[8,9]

Les stéréotypes sexués peuvent aussi avoir un impact sur la santé, même au-delà des inégalités sociales, en influençant certains comportements comme l’activité physique et les comportements à risque.[10,11] De plus, ces stéréotypes se reflètent également au travers des discriminations qui sévissent dans la recherche médicale et les systèmes de soin.[12]

Pour aller plus loin

Sylvie Ucciani. La transmission des stéréotypes de sexe. Biennale internationale de l’éducation, de la formation et des pratiques professionnelles, Jul 2012, Paris, France

References

  1. Van Woerkens M. Judith Butler, Défaire le genre. L’Homme Rev. Fr. D’anthropologie. 2008;476–8.
  2. Surya Monro. Beyond Male and Female: Poststructuralism and the Spectrum of Gender. Int. J. Transgenderism. 2005;8:3–22.
  3. Le dictionnaire des 52 nuances de genre de Facebook [Internet]. Slate.fr. [cited 2017 Jun 14]. Available from: http://www.slate.fr/culture/83605/52-genre-facebook-definition
  4. Bem SL. On the utility of alternative procedures for assessing psychological androgyny. J. Consult. Clin. Psychol. 1977;45:196–205.
  5. Bandura A, Bussey K. On Broadening the Cognitive, Motivational, and Sociostructural Scope of Theorizing About Gender Development and Functioning: Comment on Martin, Ruble, and Szkrybalo (2002). Psychol. Bull. 2004;130:691–701.
  6. Mieyaa Y, Rouyer V, Blanc A le. La socialisation de genre et l’émergence des inégalités à l’école maternelle : le rôle de l’identité sexuée dans l’expérience scolaire des filles et des garçons. Orientat. Sc. Prof. [Internet]. 2012 [cited 2017 Jun 14]; Available from: https://osp.revues.org/3680?lang=fr
  7. Martin CL, Halverson CF. A Schematic Processing Model of Sex Typing and Stereotyping in Children. Child Dev. 1981;52:1119–34.
  8. Pfefferkorn. Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classes, rapports de sexes. Lectures [Internet]. 2007 [cited 2017 Jun 14]; Available from: https://lectures.revues.org/491
  9. Meulders D, Plasman R, Rycx F. Les inégalités salariales de genre : expliquer l’injustifiable ou justifier l’inexplicable, Abstract. Reflets Perspect. Vie Économique. 2005;Tome XLIV:95–107.
  10. Mulot S. Comment les représentations des rapports de sexe influencent-elles la prévention du sida ? Rev. Fr. Sociol. 2009;50:63–89.
  11. Lentillon V. Les stééotypes sexués relatifs à la pratique des activités physiques et sportives chez les adolescents français et leurs conséquences discriminatoires. Bull. Psychol. 2009;Num?ro 499:15.
  12. Sen G, Östlin P. Gender inequity in health: why it exists and how we can change it. Glob. Public Health. 2008;3:1–12.

 

Lutte contre l’exclusion en santé : l’Académie nationale de médecine préconise la création d’une mission interministérielle

L’Académie nationale de médecine vient de publier un rapport sur « Précarité, pauvreté et santé », sous la direction d’Alfred Spira, qui se conclue par plusieurs recommandations aux pouvoirs publics.

Ce document rappelle succinctement quelques chiffres sur la situation française : 8,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté (14% de la population, dont un enfant sur cinq, soit 3 millions) et ce nombre a augmenté d’un million de personnes entre 2004 et 2014 et 140 000 personnes sont «sans domicile fixe ». Ces situations s’accompagnent d’une santé dégradée : précarité alimentaire, obésité, troubles de la santé mentale, moindre accès à la vaccination et aux dépistages, etc. Les auteurs rappellent également les situations d’accès aux soins problématiques des personnes détenues, des gens du voyage, des migrants. Ils font un panorama des dispositifs (assuranciels, sanitaires et médicaux) mis en place pour apporter des réponses aux besoins de soins de tous ces publics et des différents intervenants, publics ou associatifs. En filigrane (et peut-être pas assez clairement) se lisent tous les obstacles, toute la bureaucratie, toute l’énergie et tous les moyens mobilisés (à quel coût ?) pour faire obstacle à la reconnaissance et à l’usage de leurs droits par ces personnes déjà assaillies par les difficultés de leurs conditions de vie (au nom de quoi ? de la prévention des abus ?). Tandis que d’autres – travailleurs sociaux, soignants, associatifs, bénévoles, etc. – dédient une énergie encore plus grande et indispensable pour aider les personnes à les obtenir…

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Plusieurs orientations des politiques publiques sont préconisées : l’inscription de la prévention en santé dans toutes les politiques, la mobilisation de tous les moyens d’information et d’accompagnement des plus précaires pour accéder aux droits existants, une meilleure coordination des acteurs (de la santé et de l’action sociale, bien sûr, mais pas seulement) à tous les niveaux d’intervention. Plus précisément, l’Académie nationale de médecine émet quatre recommandations :

  1. la création d’une mission interministérielle de lutte contre l’exclusion en santé ;
  2. la simplification des procédures administratives d’accès aux dispositifs assuranciels allant jusqu’à la fusion des dispositifs existants (AME, CMUc, ACS) et l’automaticité de l’attribution des droits ;
  3. la généralisation d’un volet destiné aux personnes en situation d’exclusion sanitaire dans toutes les actions de prévention et de promotion de la santé ;
  4. la coordination des dispositifs nationaux au niveau européen pour éviter les ruptures d’accès aux droits sanitaires et sociaux et de prise en charge lors d’un changement de résidence.

Bien entendu, on pourra regretter certaines lacunes du rapport. D’autres populations tout aussi vulnérables auraient pu être citées ou mises en lumière (les travailleurs pauvres, les jeunes sans formation ni emploi, certaines situations de handicaps, etc.). Un regard plus critique pourrait être posé, non seulement sur les dispositifs dédiés existants, mais aussi sur le système de santé et les professionnels de soins du « droit commun » ; sur les besoins et les ressources qui leur manquent mais aussi sur certaines pratiques professionnelles discriminatoires (inconscientes ou, parfois, volontaires) ; sur l’accumulation d’expérimentations jamais généralisées ; sur l’absence de reconnaissance ou de financements pérennes de dispositifs innovants, peu coûteux et qui ont montré leur efficacité (à quand la reconnaissance des professionnels de la médiation en santé et de ses acteurs ?).

Il n’en reste pas moins que ce rapport – assez unique en son genre dans la production de l’Académie nationale de médecine (comme l’avait été l’organisation d’un colloque conjoint avec le Secours populaire il y a deux ans) place cette institution du côté des soutiens pour une politique volontariste en faveur des populations les plus vulnérables. Il ne pouvait pas mieux tomber en ces temps de chasse aux pauvres, aux « assistés », aux migrants… et au moment où la cohésion sociale et l’équité en santé sont deux questions qui semblent avoir disparu de l’agenda prioritaire de ceux qui nous gouvernent.

L’Académie nationale de médecine : c’est quoi ?

Héritière de l’Académie Royale de Médecine créée en 1820 (elle-même héritière de l’Académie royale de chirurgie fondée en 1731 et de la Société Royale de Médecine fondée en 1778), l’Académie nationale de médecine a vu ses statuts actualisés en 2013. Sa mission est « de répondre, à titre non lucratif, aux demandes du gouvernement sur toute question concernant la santé publique et de s’occuper de tous les objets d’étude et de recherche qui peuvent contribuer aux progrès de l’art de guérir ». Elle a un statut comparable aux cinq académies de l’Institut de France dont elle ne fait pas partie, conjuguant indépendance, libre administration et autonomie financière sous le seul contrôle de la Cour des comptes.

Elle comprend 130 membres titulaires, 160 membres correspondants, 100 membres correspondants étrangers et 40 membres associés étrangers. Elle publie une revue scientifique référencée : le Bulletin de l’Académie nationale de médecine. Elle ne fait partie de l’Institut de France

Récemment sous le feu des médias pour avoir nommé dans son comité d’éthique une personne mise en examen dans l’affaire Servier et pour sa position contre l’usage thérapeutique du cannabis, cette auguste institution contribue aussi – parfois – à attirer l’attention sur des sujets de santé et de médecine à l’interface d’enjeux sociaux contemporains : les violences familiales, la santé des sans-abris ou encore l’aménagement du temps scolaire et la santé des enfants.

Ses communiqués, rapports et avis font état des prises de position officielles de l’Académie et ne sont que consultatifs. Ils contribuent avec d’autres – par exemple ceux de l’Ordre national des Médecins, des sociétés savantes médicales et de santé publique – à construire dans le débat public une sorte de « position officielle » (du moment) de la profession médicale. Leur réelle influence est difficile à mesurer mais certaines de ces positions permettent d’asseoir l’argumentaire de promoteurs d’action de santé publique, ou de rappeler certaines priorités sanitaires lors d’arbitrages politiques ou budgétaires dans le domaine de la santé…

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Des conditions socio-économiques défavorables semblent réduire l’espérance de vie

Avoir une condition socio-économique défavorable, comme par exemple un faible statut socio-économique, pourrait diminuer l’espérance de vie des personnes – âgées entre 40 et 85 ans – de 2,1 années en moyenne comparées à celles ayant un statut socio-économique élevé.

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L’espace vide que comble 120 Battements par Minute

La projection au Festival de Cannes du film de Robin Campillo, auréolé du Grand Prix, fut une rare expérience collective de salle. En ce jour de Marche des Fiertés (anciennement « Gay Pride » dont le nom fut abandonné car étant moins inclusif), celle-ci donne l’occasion de se pencher sur l’épidémie du SIDA dans la population gay française des années 1990.

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L’absence de suivi gynécologique : un frein à l’accès au dépistage du cancer du col de l’utérus chez les femmes sans logement. 

Les femmes sans domicile qui n’ont pas de suivi gynécologique sont deux fois plus nombreuses que les femmes qui ont un suivi à ne pas effectuer de dépistage du cancer du col de l’utérus. Améliorer leur accès à un suivi gynécologique permettrait d’augmenter la couverture de dépistage dans cette population à très haut risque de ce cancer. Des actions locales et nationales doivent être développées afin de garantir un suivi gynécologique régulier à toutes les femmes et ainsi de réduire l’absence et le retard de dépistage.

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La cigarette électronique et les adolescents

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Cigarette électronique : marketing pour les jeunes ? Source de l’image : OnlineBDshopping.com

La première génération de la cigarette électronique fut inventée par un pharmacien chinois, Hon Lik, qui essayait d’arrêter de fumer. Il conçut en 2003 un appareil portable pour vaporiser un liquide contenant de la nicotine et produire un aérosol inhalable. Cet aérosol peut contenir certaines des substances toxiques présentes dans la fumée du tabac, mais à des niveaux largement plus faibles, le rendant moins toxique que la fumée de la cigarette [1]. Aujourd’hui, la cigarette électronique apparait donc comme un outil de substitution du tabac chez les adultes dans une optique de « réduction des risques » chez le fumeur [2]. Dans le même temps, plusieurs chercheurs et acteurs de santé s’interrogent sur son utilisation croissante et ses conséquences chez les adolescents [3].

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Inégalités d’accès aux modes de garde pendant la petite enfance en France

Les modes de garde pendant la petite enfance sont variés, et évoluent dans le temps. Des études ont supposé l’existence d’un effet du mode de garde sur la santé de l’enfant. Cependant, l’accès à certains modes de garde des enfants avant 3 ans est inégal. Cet article constituera le premier volet d’une série d’articles sur le mode de garde et la santé de l’enfant et s’intéressera aux inégalités d’accès à certains modes de garde.

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