Community-based participatory research : where research meets the field

During my internship, I am working on a project aiming to identify the social network of injecting drug users (IDUs) consuming in the presence of other IDUs in order to better understand hepatitis C virus (HCV) and HIV transmission patterns between IDUs. Understanding transmission patterns can help improving harm reduction (HR) strategies. Focusing on a very specific community for this project got me interested in the way this kind of research can be put in place, and how the objectives and research questions are defined. I learned about Community based research (CR), a particular way of doing research involving equitably “community members, organizational representatives and researchers in all aspects of the research process” [1]. CR can help defining relevant objectives and facilitate the implementation of the research project but also has its challenges.

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Les bases génétiques de l’intelligence et du niveau de diplôme des personnes : quelles implications en termes de santé publique?

L’intelligence humaine, telle qu’elle est définie la plupart du temps depuis les théories et tests proposés par Alfred Binet, Théodore Simon en France, puis David Wechsler aux Etats-Unis, c’est à dire par des capacités cognitives telles que la mémoire, le raisonnement, la compréhension ou les compétences quantitatives, est prédictive de la scolarité et du niveau de diplôme atteint par les personnes (1, 2). De nombreux facteurs influent sur ce trait à l’échelle individuelle et collective. Si la recherche de facteurs héréditaires liés à l’intelligence remonte au 19ème siècle et aux travaux de Francis Galton qui cherchait à identifier les déterminants d’une intelligence hors normes (3), elle a pris un élan nouveau au cours des dernières années avec la mise à disposition d’outils de criblage génétique et d’analyses statistiques extrêmement puissants.

Alfred Binet
Alfred Binet (1857-1911)

 

 

 

 

 

 

Theodore Simon
Théodore Simon (1873-1961)

Depuis de nombreuses années, les recherches ont montré que comme pour d’autres caractéristiques, l’intelligence humaine  (ou Quotient Intellectuel, QI, indicateur standardisé des compétences cognitives des personnes) est en partie « héritable ». Cela signifie que les niveaux d’intelligence parmi les personnes d’une même famille sont corrélés, en partie du fait de facteurs innés partagés. Ainsi, « l’héritabilité » est définie comme le pourcentage de la variabilité d’un trait dû à des facteurs partagés entre plusieurs membres de la même famille et estimé à partir d’études de jumeaux monozygotes et dizygotes. Pour ce qui est de l’intelligence, la plupart des études estiment qu’elle est « héritable » à 40% dans la petite enfance et à 85% à l’âge adulte (4). Des travaux récents ont permis d’aller plus loin en identifiant des marqueurs génétiques qui contribuent à cette héritabilité, ainsi qu’à celle qui explique la corrélation intra-familiale en termes de niveau de diplôme des personnes. Ces recherches, basées sur de très grands échantillons et sur des méta-analyses ont permis d’identifier jusqu’à 187 sites génétiques impliqués dans l’intelligence (5). Chaque site génétique a un effet très faible, mais pris ensemble ils expliqueraient 4-7% de la variance totale en termes de QI. C’est environ le double de la contribution des facteurs génétiques à l’Indice de masse corporelle (IMC ; kg/m2), sur la base de plus de 200 marqueurs génétiques identifiés dans des études évaluant l’ensemble du génome (i.e. « génome-entier ») (6). Pour ce qui est du niveau de diplôme atteint par les personnes, les marqueurs génétiques les plus importants et statistiquement significatifs ‘expliqueraient’ des différences de 2.7–9.0 semaines de scolarité entre individus (7).

D’après les recherches basées sur tous les marqueurs génétiques pertinents (« héritabilité basée sur les SNP »), la contribution de facteurs innés aux variations en termes d’intelligence pourrait être non plus de 4-7% mais de 25% (8). De manière similaire, ces études estiment que 11 à 21% des variations de niveau de diplôme, mais aussi de revenus et de défaveur sociale entre individus seraient le reflet de facteurs génétiques (9). Ces estimations, bien qu’élevées, sont inférieures aux estimations d’héritabilité basées sur les études de jumeaux, et les raisons de cette « héritabilité manquante » font l’objet de nombreux débats parmi les spécialistes de la génétique.

Ces recherches sur les contributions génétiques à l’intelligence et à la situation sociale des personnes basées sur des échantillons de milliers de personnes et où l’ensemble du génome est examiné, ne font que commencer et sont publiées dans les meilleures revues scientifiques. Avec le développement des techniques de criblage et d’analyses statistiques sophistiquées, il sera possible à l’avenir d’identifier de nouveaux marqueurs génétiques pertinents et de montrer une contribution des gènes à l’intelligence ou à la situation sociale des personnes encore plus importante que celle estimée actuellement.

Se pose alors la question de l’interprétation de ces résultats, et d’abord de leur fiabilité. En effet, plusieurs limites méthodologiques doivent être prises en compte. Premièrement, les mesures d’intelligence utilisées en général (notamment les tests de QI) sont loin d’être objectives. En particulier, les personnes qui ont un niveau de diplôme plus élevé ont en général plus d’occasions de pratiquer ce type de test ou des exercices équivalents et, à compétences égales, pourraient mieux réussir que les personnes moins diplômées. Ceci expliquerait que les mêmes gènes expliquent en partie l’intelligence et le niveau de diplôme atteint par les personnes. Deuxièmement, ces études laissent souvent de côté les facteurs non-génétiques (dits « environnementaux ») qui interagissent avec les facteurs génétiques (« interactions gène-environnement »). Enfin, un phénomène en général mis de côté par les études sur les facteurs génétiques est l’évolution séculaire de l’intelligence et du niveau d’instruction dans le temps.  Depuis les années 1950, dans les pays industrialisés, le niveau de QI a augmenté de 0.2écart-type par décennie ce qui est appelé «l’effet Flynn » (10); au cours de la même période, le pourcentage de jeunes de 25–34 ans qui ont un diplôme de l’enseignement supérieur dans les pays de l’OCDE a augmenté de 10 à 40% (11). Ces changements majeurs ne peuvent bien sûr par être expliqués par la génétique, et suggèrent que les facteurs non-génétiques, et en particulier les conditions de vie des personnes (ex. suivi médical des grossesses, malnutrition) et les politiques d’accès à l’éducation, sont des déterminants majeurs des niveaux d’intelligence et de diplôme au sein de la population.

Il n’empêche que la recherche sur les facteurs génétiques prédisant l’intelligence et le diplôme atteint avancent vite et qu’il est nécessaire d’anticiper la manière dont les résultats pourraient être utilisés.

Healthy seed

L’intelligence des personnes pourrait-elle être prédite par des scores de risque basés sur une multitude de marqueurs génétiques, qui pourraient rendre les tests de QI tels qu’utilisés actuellement par les chercheurs et neuropsychologues obsolètes.  Ce n’est pas impossible, mais comme décrit précédemment, l’influence des facteurs génétiques ne pouvant être interprétée qu’à la lumière des caractéristiques non-génétiques, ce type d’estimation basée uniquement sur des algorithmes génétiques serait erroné. Par exemple, les recherches montrent que l’héritabilité de l’intelligence est très élevée dans les familles qui ont une situation sociale favorable (>80%) mais pas dans celles qui ont une situation sociale moins favorable (12). De même, l’héritabilité estimée de l’intelligence est plus élevée aux Etats-Unis qu’en Europe et en Australie, indiquant que les politiques sociales influencent le devenir scolaire des personnes plus que les gènes (13).

Les scores génétiques prédisant l’intelligence moyenne au sein d’une population seront-ils utilisés à l’échelle individuelle ? Cette hypothèse soulève le risque de biais écologique, ou l’individu serait classé en fonction d’une moyenne qui n’aurait pas forcément de sens pour lui ou elle. Un test génétique peut être prédictif en termes statistiques, mais un test de lecture ou de logique génère bien plus d’information à l’échelle individuelle.

L’information génétique sera-t-elle utilisée à des fins de dépistage ? Clairement, compte tenu des faibles coûts des tests d’ADN (environ 100 euros), il s’agit d’une possibilité qui ne peut pas être négligée. Néanmoins comme pour tous les tests de dépistage, les coûts et bénéfices pour l’individu et la société doivent être pris en compte. Quelle est la précision du test ? Quelles sont les possibilités de consentement éclairé laissées aux personnes ? L’accès au dépistage est-t-il le même pour tous au sein de la population ? Existe-t-il des interventions précoces efficaces ? Les risques de stigmatisation des personnes identifiées comme étant « à risque » sont-ils anticipés et inférieurs aux avantages potentiels du dépistage ?

Malheureusement, comme cela  a déjà été le cas (notamment au moment du développement du mouvement eugéniste), il existe un risque que les données génétiques soient utilisées pour justifier de la mise à l’écart de certaines parties de la population d’opportunités éducatives ou professionnelles. Compte tenu des corrélations entre le niveau d’intelligence mesuré et le niveau de diplôme atteint, il est probable que les enfants identifiés comme ayant un risque élevé d’avoir une intelligence inférieure à la moyenne soient de milieux sociaux défavorisés, ce qui ouvre la possibilité que la discrimination des personnes sur la base de leur origine sociale ne soient justifiée sur la base de différences biologiques et donc « objectives ». Les nouvelles données sur les facteurs génétiques liés à l’intelligence et à la scolarité des personnes et leurs implications nécessitent donc d’être diffusées, discutées et débattues par les cliniciens, épidémiologistes et spécialistes de santé publique.

Références

  1. Binet A, Simon T (1905) Méthodes nouvelles pour le diagnostic du niveau intellectuel des anormaux. L’Année psychologique 11:191–244.
  2. Boake C (2002) From the Binet–Simon to the Wechsler–Bellevue: tracing the history of intelligence testing. Journal of Clinical and Experimental Neuropsychology 24(3):383–405.
  3. Galton F (1892) Hereditary genius: an inquiry into its laws and consequences. Watts & Co, London
  4. Bouchard TJ, McGue M (2003) Genetic and environmental influences on human psychological differences. Developmental Neurobiology 54(1):4–45
  1. Hill WD, Marioni RE, Maghzian O, Ritchie SJ, Hagenaars SP, McIntosh AM et al. (2018) A combined analysis of genetically correlated traits identifies 187 loci and a role for neurogenesis and myelination in intelligence. Molecular Psychiatry. https ://doi.org/10.1038/s4138 0-017-0001-5
  2. Akiyama M, Okada Y, Kanai M, Takahashi A, Momozawa Y, Ikeda M, Iwata N et al. (2017) Genome-wide association study identifies 112 new loci for body mass index in the Japanese population. Nature Genetics 49(10):1458–1467.
  3. Okbay A, Beauchamp JP, Fontana MA, Lee JJ, Pers TH, Rietveld CA et al. (2016) Genome-wide association study identifies 74 loci associated with educational attainment. Nature 533(7604):539–542
  4. Davies G, Marioni RE, Liewald DC, Hill WD, Hagenaars SP, Harris SE et al. (2016) Genome-wide association study of cognitive functions and educational attainment in UK Biobank (N = 112 151). Molecular Psychiatry 21(6):758–767.
  5. Hill WD, Hagenaars SP, Marioni RE, Harris SE, Liewald DCM, Davies G et al. (2016) Molecular genetic contributions to social deprivation and household income in UK Biobank. Current Biology 26(22):3083–3089.
  6. Jokela M, Pekkarinen T, Sarvimäki M, Terviö M, Uusitalo R (2017) Secular rise in economically valuable personality traits. Procedings of the National Academy of Sciences 114(25):6527–6532.
  7. OECD (2017) Education at a glance. https://static.rasset.ie/documents/news/2017/09/oecd.pdf
  8. Turkheimer E, Haley A, Waldron M, D’Onofrio B, Gottesman II (2003) Socioeconomic status modifies heritability of IQ in young children. Psychological Science 14(6):623–628.
  9. Tucker-Drob EM, Bates TC (2016) Large cross-national differences in gene × socioeconomic status interaction on intelligence. Psychological Science 27(2):138–149.

 

Enfin la décrue !!! Après une amorce de diminution observée ces dernières années, l’année 2017 a vu un taux de consommation de tabac, d’alcool et de cannabis parmi le plus bas, chez les jeunes français, depuis 2000

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Début février, les résultats de l’étude ESCAPAD 2017 (Enquête sur la Santé et les Consommations lors de l’Appel de Préparation à la Défense), ont été publiés [1], indiquant des taux de tabagisme, de consommation d’alcool et de cannabis encore jamais observés depuis 2000. Il s’agit de la 9ème vague d’enquête réalisée en mars 2017 chez 46054 jeunes de 17 ans participant à la journée défense et citoyenneté. Grâce à son caractère répétitif, tous les 3 ans au mois de mars, cette étude permet d’analyser les évolutions de consommation des principaux psychotropes consommés par les jeunes en France.

 

Alors que près de 78% des jeunes de 17 ans disaient avoir expérimenté la cigarette en 2000, ce pourcentage n’est plus que de 59% en 2017, cette baisse étant également visible chez les fumeurs quotidiens (respectivement de 41,1% à 25,1%) (Figure 1). Bien que moins importante, la baisse est également constatée chez les consommateurs d’alcool et de cannabis avec des diminutions de 8,9% et 2,5% entre 2000 et 2017 respectivement pour les expérimentateurs et les consommateurs réguliers d’alcool, et de 6,1% et 2,8% pour les expérimentateurs et les consommateurs réguliers de cannabis. Ainsi, le pourcentage de jeunes n’ayant jamais consommé aucun de ces produits a doublé entre 2008 et 2017 (respectivement, 5,1% et 11,7%), en grande partie en raison du recul ininterrompu de l’expérimentation des boissons alcoolisées, probablement dû en partie à des changements de comportement chez les adultes et particulièrement chez les nouvelles générations de parents, davantage sensibilisés aux risques et qui ont eux-mêmes adapté leurs modes de consommation [2].

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Alors que l’âge moyen du 1er usage de cannabis n’a pas évolué depuis 2000, celui concernant le tabac et l’alcool a augmenté passant de 13,7 à 14,4 ans entre 2000 et 2017 pour l’âge de début d’expérimentation de la cigarette. L’âge de début de la consommation quotidienne de tabac a également reculé de 14,6 à 15,1 ans. Toutefois, il ne faut pas crier victoire trop tôt, car si les jeunes fument de moins en moins et débutent plus tard qu’avant, ils fument de façon régulière plus rapidement après l’expérimentation. En effet, le délai pour passer au tabac régulier à partir de sa première cigarette s’est raccourcis de 9 mois en 10 ans, il est actuellement de 13 mois.

Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, il n’y a pas eu de substitution de la cigarette au profit de la chicha ou de la cigarette électronique, l’expérimentation de ces produits restant stable malgré la diminution observée pour la consommation de tabac sous forme de cigarettes. Toutefois, en 2017, la moitié des jeunes de 17 ans déclarent avoir déjà fumé le narguilé ou la chicha ou avoir expérimenté la cigarette électronique.

verre de bière

Une baisse continue de l’expérimentation d’alcool est observée depuis 2000, la consommation régulière ayant des tendances plus fluctuantes. Toutefois, seuls 8,4% des jeunes rapportent une consommation régulière en 2017 contre 12,3% en 2014, essentiellement rapportée par la gent masculine. En revanche, même si elle est en légère diminution, la consommation ponctuelle d’au moins 5 verres en une seule occasion, aussi appelée « binge drinking », a été rapportée par 44,0% des jeunes pour le mois précédent, cette consommation ayant lieu dans plus de 90% des cas le week-end entre amis. Il est notable d’observer que dans près de 30% des cas, cette consommation se déroule en présence des parents. Les alcools les plus populaires chez les jeunes sont les bières (63.5%) et les spiritueux (67.3%).

joint-2019478_1920En 2017, près de 40% des jeunes de 17 ans ont déjà fumé du cannabis au cours de leur vie, en baisse de 11% depuis 2002. Cette baisse s’observe chez les expérimentateurs, mais aussi chez les usagers réguliers. Elle s’observe également chez les 2 sexes malgré une consommation plus importante chez les garçons, d’autant que la fréquence est élevée (l’usage régulier est de 4,5% chez les filles vs 9,7% chez les garçons). En revanche, l’âge moyen d’expérimentation du cannabis, de 15,3 ans en 2017, n’a pas changé au cours du temps. Les jeunes consomment essentiellement de l’herbe (66,7%) mais la part de résine augmente avec le niveau de consommation. De même, le mode d’approvisionnement diffère avec la quantité consommée. Plus la consommation est ponctuelle, plus l’obtention du cannabis est gratuite par le biais de dons ou de consommations partagées. Un usager régulier de cannabis, à savoir au moins 10 joins par mois, ne pourra se contenter de dons et sera dans l’obligation d’en acheter. Le réseau d’amis ou de proches constitue la principale source d’achat (54,4%) mais 81,8% des usagers réguliers indiquent avoir contacté leur revendeur « habituel » dans l’année.

Une diminution globale du tabagisme et de la consommation d’alcool au cours de la vie et au cours du mois écoulé a également été observée chez les jeunes de 15 à 16 ans dans d’autres pays européens [3]. Pour le cannabis, les résultats sont plus divergents selon les pays.

 

Ainsi, la consommation de tabac est en train de diminuer parmi les jeunes, la baisse étant plus modérée pour la consommation d’alcool et de cannabis. Toutefois, en 2017, encore un quart des adolescents disent fumer tous les jours, seuls 14,3% des jeunes de 17 ans déclarent n’avoir jamais bu d’alcool et 25% des jeunes de 17 ans usager de cannabis dans l’année présentent un risque élevé d’usage problématique ou de dépendance. Une étude américaine a montré que, chez un adolescent, la dépendance nicotinique peut s’installer en quelques jours seulement, et avec une petite consommation (quelques bouffées prises régulièrement peuvent suffirent) [4]. Par ailleurs, il ne faut également pas oublier que la consommation de psychotropes, quels qu’ils soient, peuvent avoir des risques sur la santé (le cancer du poumon, par exemple, ne touche pas que les personnes de plus de 60 ans mais aussi ceux de 35 ans. Outre les cancers, le tabac et l’alcool sont un facteur de nombreuses pathologies telles que les maladies cardiovasculaires), et ceci quelle que soit la consommation (4 cigarettes par jour multiplie le risque d’infarctus par 3). Rappelons également que la France reste un des pays européens avec le plus fort taux de tabagisme et un niveau de consommation de cannabis le plus élevé en Europe [3]. Aussi, les efforts ne doivent pas s‘interrompre et la prévention doit se poursuivre afin de continuer cet infléchissement dans les consommations de psychotropes et d’éviter tout rebond. Nous pourrions tirer profit des résultats d’autres pays comme le Brésil, champion du monde de la lutte anti-tabac. Il est important aussi que cette prévention cible les populations les plus à risque tout en évitant toute stigmatisation. En effet, on observe des différences dans les consommations de psychotropes entre les filles et les garçons, plus élevée chez ces derniers. De même, des inégalités sociales sont observées avec, par exemple, une augmentation du tabagisme de 35,2% à 37,5% parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus basse alors qu’elle a diminué de 23,5 à 20,9% parmi celles disposant des revenus de la tranche la plus haute [5,6]. Ainsi, en plus des différentes campagnes mises en place depuis quelques années dans le cadre du programme national de réduction du tabagisme (PNRT) 2014-2019, comme, par exemple, l’introduction du paquet neutre ou l’interdiction de fumer dans les espaces publics de jeux pour enfants, il est important de concentrer les efforts sur les populations les plus vulnérables et d’adapter les mesures aux comportements spécifiques des populations, en particulier des jeunes et au sentiment de « normalisation » de certaines pratiques.

Par ailleurs, afin que la déclinaison prise par la consommation de tabac soit suivie par l’alcool et le cannabis, une prévention à l’encontre de ces autres psychotropes doit également se mettre en place, même dans un pays de tradition viticole et même si elle est plus compliquée pour des substances considérées comme illicites comme le cannabis.

Bibliographie

  1. S Spilka, O Le Nézet, E Janssen, A Brissot, A Philippon, J Shah, S Chyderiotis. Les drogues à 17 ans : analyse de l’enquête ESCAPAD 2017. Tendances 2018, n°123.
  2. Beck F (dir.). Jeunes et addictions. Saint-Denis, OFDT, décembre 2016, 208 pages.
  3. Observatoire européen des drogues et des toxicomanies. Rapport européen sur les drogues. Tendances et évolutions. 2017. 96 pages.
  4. DiFanza JR, Savageau JA, Rigotti NA, Fletcher K, Ockene JK, McNeill AD, Coleman M, Wood C. development of symptoms of tobacco dependence in youths: 30 months follow up data from the DANDY study. Toc Control 2002, n°11: 228-235.
  5. https://soepidemio.com/2017/11/15/larret-du-tabac-chez-les-adultes-en-france-de-fortes-inegalites-sociales-resultats-de-letude-representative-depict/
  6. Pasquereau A, Gautier A, Andler R, Guignard R, Richard JB, Nguyen-Thanh V, le groupe Baromètre santé 2016. Tabac et e-cigarette e Frabce : niveaux d’usage d’après les premiers résultats du baromètre santé 2016. BEH 2017, n°214 : 214-222.

Réduire les inégalités de santé chez les personnes LGBTI, le projet Européen « Health4LGBTI »

Les inégalités sociales de santé se réfèrent aux différences en santé, injustes et dues à la situation sociale, qui pourraient être traitées par des politiques publiques. Ces inégalités touchent particulièrement les personnes LGBTI (Lesbiennes, Gays, Bisexuel-le-s, Trans, et Intersexes) à travers les normes culturelles et sociales discriminatoires, et la stigmatisation. Pour ces raisons, l’Europe a lancé le projet « Health4LGBTI » afin de mieux comprendre et de réduire ces inégalités.

Capture 

Le projet « Health4LGBTI », commandité par l’Union Européenne,  est un projet pilote visant à explorer les besoins et les défis en matière de santé rencontrés par les personnes LGBTI et à analyser les principaux obstacles aux recours aux soins auxquels elles font face.(1) Ce projet a aussi pour objectif de fournir aux professionnel-le-s de santé Européen-ne-s des outils qui leur permettront d’acquérir les compétences et les connaissances nécessaires pour mieux prendre en charge les personnes LGBTI.

Un rapport de synthèse résumant le problème

Dans le cadre de ce projet, une revue de la littérature scientifique et un rapport de synthèse ont mis en évidence des inégalités sociales de santé physique et mentale vécues par les personnes LGBTI. Ainsi, par rapport à la population générale, le rapport souligne une santé perçue généralement moins bonne et une incidence plus élevée pour certains cancers, symptômes de détresse mentale, ainsi que pour certaines conditions psychologiques.

D’après les auteur-e-s de ce rapport, ces inégalités sont générées par l’interaction de multiples facteurs environnementaux, sociaux, culturels et politiques, dont des normes culturelles et sociales « hétéronormées » et « hétérosexistes », le stress minoritaire ou « minority stress » ressenti par des membres de groupes minoritaires stigmatisés, la victimisation, la discrimination individuelle et institutionnelle, et la stigmatisation.(2)

Accès aux soins et manuel de formation

Selon le rapport, un des obstacles les plus courants pour les personnes LGBTI dans l’accès aux soins est l’ignorance de nombreu-ses-x professionnel-le-s de santé des besoins de santé spécifiques à cette population, ce qui peut causer la non-reconnaissance de problèmes de santé ou des erreurs de diagnostic. Un autre obstacle important est la non-divulgation concernant l’orientation sexuelle ou l’identité de genre à un-e professionnel-le de la santé par peur de subir entre autres une discrimination, ou un traitement moins favorable.

Suite à ce rapport et à des enquêtes quantitatives et qualitatives au sein de 6 pays Européens un manuel de formation destiné aux professionnel-le-s de santé est en train d’être développé. Cette formation vise à améliorer les connaissances, attitudes et compétences des professionnel-le-s de la santé lors de la prise en charge des personnes LGBTI. Une meilleure connaissance des problèmes spécifiques aux personnes LGBTI, mais aussi une sensibilisation aux discriminations contribueront à améliorer leur accès aux soins et leur prise en charge.

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Une version préliminaire du manuel de formation présentée lors d’une conférence à Bruxelles en février 2018.

Prochaines étapes ?

Ce projet pilote, toujours en cours de développement, est une bonne initiative pour lutter contre les inégalités de santé subies par les personnes LGBTI. Cette initiative doit être aussi concrétisée par des politiques publiques au sein de chaque pays pour pérenniser la sensibilisation contre les discriminations selon l’orientation sexuelle et l’identité de genre au sein des systèmes de santé mais également au sein des systèmes d‘éducation.

Lire le rapport : https://ec.europa.eu/health/sites/health/files/social_determinants/docs/stateofart_report_en.pdf

Réferences

  1. Reducing health inequalities faced by LGBTI people: new training kit and research insights for health professionals | EuroHealthNet [Internet]. [cité 7 mars 2018]. Disponible sur: https://eurohealthnet.eu/media/news-releases/reducing-health-inequalities-faced-lgbti-people-new-training-kit-and-research
  2. Psychologie de la discrimination et des préjugés: De la théorie à la pratique. De Boeck Superieur; 2018. 306 p.

Les expositions environnementales contribuent-elles aux inégalités sociales de santé ?

Malgré une amélioration générale de l’état de santé des populations, les individus ne demeurent pas égaux devant la mort et la maladie. Des inégalités de santé existent entre différentes catégories sociales et tendent à s’accroître. Depuis quelques années, les expositions environnementales sont rapportées comme facteurs susceptibles d’expliquer une partie des inégalités sociales de santé suivant deux mécanismes :

  • un différentiel d’exposition : les populations socialement défavorisées seraient plus exposées à certains polluants et/ou à un nombre de polluants plus importants car les sources de pollution ne seraient pas équitablement réparties sur le territoire, et/ou,
  • un différentiel de vulnérabilité : les populations défavorisées seraient plus fragiles et plus vulnérables aux nuisances environnementales à cause de leur condition de vie. Ainsi, à niveau d’exposition identique, les populations plus défavorisées (ou résidant dans des quartiers plus défavorisés) auraient des effets sanitaires plus fréquents, voire plus graves.

C’est précisément dans ce contexte, que la question de la contribution des expositions environnementales aux inégalités sociales de santé s’est posée et constitue depuis plusieurs années un enjeu majeur de santé publique.

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Le modèle de la réduction des risques : une avancée idéologique toujours en marche.

Les pratiques liées à l’injection par seringue (héroïne, cocaïne etc.) sont très propices à la transmission du virus de l’hépatite C (VHC) et du VIH. La répression absolue des drogues ne faisant pas ses preuves (dans le cadre de la loi du 31 décembre 1970 par exemple), le ministère de la santé a adopté, en débutant par le décret Barzach en 1987, une stratégie innovante appelée la « réduction des risques » (RDR).

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Podcast RFI « Trois ans après les attentats de Charlie » : quelle prise en charge possible après un tel traumatisme ?

Voici l’extrait de l’intervention de Stéphanie Vandentorren à propos des attentats de janvier 2015, dans l’émission Priorité Santé de la radio RFI.

« Les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, la fusillade de Montrouge et la prise d’otages à Dammartin-en-Goële se sont déroulés du 7 au 9 janvier 2015. Ces événements ont plongé la France dans la peur. Trois ans après, quelle trace ces attentats ont-ils laissée sur la population ? Comment vivre sous la menace ? Quelle prise en charge possible après un tel traumatisme ? »

Pour écouter, cliquez ici

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Sont intervenus également dans cette émission :

– Pr Thierry Baubet, professeur de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université Paris 13, chef du service de Psychopathologie à l’Hôpital Avicenne à Bobigny, et responsable de la Cellule d’Urgence Médico-Psychologique de Seine-Saint-Denis en région parisienne
– Dr Anissa Bouasker, psychiatre à l’Hôpital psychiatrique Razi à Tunis, en Tunisie, elle assure une consultation de psycho trauma à l’hôpital. A coordonné la cellule d’assistance psychologique, lors des attentats du Bardo qui ont eu lieu le 18 mars 2015. Membre fondateur et membre du Conseil scientifique de l’Institut Nebras, Institut tunisien de réhabilitation des survivants de la torture.