Dépression du postpartum : les pères aussi sont concernés … et pourtant trop souvent oubliés

Le fait qu’une mère ayant récemment accouché, puisse faire face à une dépression est bien relaté dans la littérature scientifique et connu du grand public. Il est estimé qu’entre 5 et 25% des mères souffrent de dépression postpartum. Les conséquences d’une dépression postpartum sur les relations mère-enfant et sur le développement de l’enfant à court, moyen et long terme ont largement été étudiées. Depuis une vingtaine d’années, quelques études majoritairement anglo-saxonnes et scandinaves, tendent à montrer que les pères  peuvent aussi être affectés par une dépression après la naissance de leur enfant. Cette dépression affecte le développement cognitif, émotionnel et comportemental de l’enfant, indépendamment des symptômes dépressifs maternels.

Une définition de la dépression postpartum

La dépression postpartum (DPP) est une dépression mineure ou majeure survenant dans l’année suivant l’accouchement. Il s’agit de la complication postnatale la plus courante, qui touche entre 5 et 25% des mères et 7 et 10% des pères. (1,2) Dans la cinquième et dernière édition du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), (3) le manuel de référence pour le diagnostic des troubles mentaux, édité par l’Association Américaine de Psychiatrie (APA), la DPP ne dispose pas d’un diagnostic différent de celui de la dépression. Selon les critères du DSM V, pour qu’il y ait dépression, au moins cinq symptômes parmi les neuf suivants doivent être rencontrés: i) une humeur dépressive; ii) une perte d’intérêt ou de plaisir; iii) une variation de poids et/ou de l’appétit significative en l’absence d’un régime; iv) des troubles du sommeil; v) une agitation ou un ralentissement psychomoteur; vi) une fatigue ou une perte d’énergie; vii) un sentiment de dévalorisation de soi ou une culpabilité excessive; viii) des difficultés à réfléchir et/ou à se concentrer; ix) des pensées morbides ou suicidaires. (3) Ces symptômes doivent être présents pendant une période de deux semaines consécutives et en dehors d’une condition médicale particulière, un abus de substances ou un évènement de vie négatif (tel un décès).

D’une maladie causée par des déséquilibres internes féminins à une maladie multifactorielle qui pourrait concerner les pères

Les troubles de la santé mentale en période périnatale, sont évoqués dès l’antiquité chez les femmes par Hippocrate. (4)  Cependant, il faut attendre le XIXème siècle et Louis-Victor Marcé, (5) qui dans une revue des savoirs de son époque évoque le fait que la dépression en période périnatale pourrait être une maladie multifactorielle dont les causes incluent l’environnement social et non plus seulement un déséquilibre interne des humeurs ou de l’utérus, affectant la circulation du lait au sein du corps maternel. De ce fait, pourquoi les pères ne pourraient-ils pas souffrir de DPP eux-aussi ? Cette question n’a cependant pas été évoquée par les scientifiques du XIXème siècle.

Des pères souffrant de dépression en période postnatale … un phénomène qui n’est pas rare

Au XXème siècle, malgré une littérature florissante concernant la dépression maternelle en période périnatale et ses conséquences sur la relation mère-enfant et le développement de l’enfant, seuls quelques travaux (dont ceux de Paul Ramchandani (6) par exemple) s’intéressent à la dépression des pères en période périnatale et son impact sur le développement de l’enfant. Une méta-analyse conduite par Emily Cameron et ses collègues,  incluant 41 480 participants, 74 études conduites entre 1980 et 2015, estime que la prévalence de la DPP chez les pères est de 8.4% (1). Certaines études ont montré que la prévalence de la DPP paternelle augmentait du cours de la grossesse jusqu’à la période du postpartum, avec un pic de prévalence de DPP plus tardif chez les pères que les mères. (7) Cependant, ces observations sont tirées d’études avec des populations hétérogènes et différentes manières d’évaluer les symptômes dépressifs des pères. A ce jour, aucune étude n’a évalué les symptômes dépressifs des pères de manière répétée pendant la grossesse et plusieurs fois après la naissance de l’enfant.

Les facteurs associés à la DPP paternelle 

Les facteurs associés à la DPP paternelle incluent, des facteurs psychosociaux tels qu’une grossesse non désirée, des antécédents de dépression, le fait d’avoir une conjointe déprimée, le fait d’être sans emploi, les disputes au sein du couple et un manque de soutien social et des facteurs biologiques tels qu’un niveau de cortisol élevé du au stress pendant la grossesse ou des niveaux bas mais aussi élevés de testostérone. (7)

Des conséquences sur le développement de l’enfant à court mais aussi à long terme 

Une revue systématique de la littérature conduite par Tiffany Field, en 2018, reporte des conséquences négatives quant à l’éducation des enfants (relation père-enfant moins positive, davantage de maltraitance, moins bonne gestion du sommeil de l’enfant) (7,8)  et quant au développement à différents âges des enfants de pères déprimés pendant la période périnatale. En effet, ces enfants ont tendance à présenter, comme les enfants des mères déprimées, davantage de troubles externalisés  (hyperactivité, problèmes de comportement, irritabilité) et internalisés (problèmes émotionnels) que les enfants des pères non déprimés en période postnatale. (9)

Un besoin d’outils adaptés pour diagnostiquer la DPP paternelle ?

La dépression des pères pendant la grossesse ou après la naissance de l’enfant n’est pas systématiquement dépistée. Les symptômes dépressifs peuvent être évalués à partir de questionnaires tels que l’Edinburgh Postnatal Depression Scale, qui est une échelle permettant de relever la fréquence de symptômes caractérisant une dépression postnatale durant les quinze jours précédant l’enquête. Cette échelle a été validée auprès des pères. Cependant, des auteurs ont critiqué l’usage seul de ce type de questionnaires auprès des pères du fait qu’ils aient été conçus pour les mères et qu’ils ne couvrent pas une partie des symptômes d’une DPP paternelle. En effet, les pères pourraient exprimer leur état dépressif par des symptômes davantage externalisés (tel que l’abus de substances, des comportements violents) qui ne sont pas pris en compte dans les échelles traditionnelles mesurant la DPP. De ce fait, plusieurs auteurs suggèrent de combiner des outils existants pour mieux couvrir les symptômes de la DPP chez les pères (10).

Pour conclure, la dépression paternelle en période périnatale reste sous étudiée et trop peu reconnue, en France mais aussi dans la plupart des pays Occidentaux. Les pères devraient bénéficier de davantage de moments où ils pourraient échanger avec d’autres futurs pères mais aussi avec des professionnels de santé afin d’apprendre à reconnaître les symptômes d’une dépression postpartum et de pouvoir y faire face.

Références

1. Cameron EE, Sedov ID, Tomfohr-Madsen LM. Prevalence of paternal depression in pregnancy and the postpartum: An updated meta-analysis. Journal of Affective Disorders. 2016 Dec 1;206(Supplement C):189–203.

2.  Gaynes BN, Gavin N, Meltzer-Brody S, Lohr KN, Swinson T, Gartlehner G, et al. Perinatal depression: Prevalence, screening accuracy, and screening outcomes: Summary. 2005;

3.  DSM-5 American Psychiatric Association. Diagnostic and statistical manual of mental disorders. Arlington: American Psychiatric Publishing. 2013;

4.  Littré E. Œuvres complètes. Vol. 10. JB Baillière; 1861.

5.   Marcé LV. Traité de la folie des femmes enceintes, des nouvelles accouchées et des nourrices: et considérations médico-légales qui se rattachent à ce sujet. Baillière; 1858.

6.   Ramchandani P, Stein A, Evans J, O’Connor TG. Paternal depression in the postnatal period and child development: a prospective population study. The Lancet. 2005 Jun 25;365(9478):2201–5.

7.   Field T. Paternal Prenatal, Perinatal and Postpartum Depression: A Narrative Review. J Anxiety Depress. 2018;1(1):102.

8.   Sethna V, Perry E, Domoney J, Iles J, Psychogiou L, Rowbotham NEL, et al. Father–child interactions at 3 months and 24 months: contributions to children’s cognitive development at 24 months. Infant Ment Health J. 2017 May 1;38(3):378–90.

9. Barker B, Iles JE, Ramchandani PG. Fathers, fathering and child psychopathology. Current Opinion in Psychology. 2017 Jun;15:87–92.

10.  Psouni E, Agebjörn J, Linder H. Symptoms of depression in Swedish fathers in the postnatal period and development of a screening tool. Scandinavian journal of psychology. 2017;58(6):485–96.

Les inégalités sociales de santé ne sont pas seulement une affaire de comportement individuel. L’exemple du cancer du poumon chez les hommes

Les personnes ayant une situation sociale défavorisée ont plus de risque d’avoir une moins bonne santé. De nombreuses études ont montré que cette situation s’expliquait en partie par des comportements individuels moins favorables à la santé (consommations de tabac et d’alcool plus élevées, plus de surpoids et d’obésité, activité physique moins importante, consommation de fruits et de légumes plus faible, etc.). Toutefois des facteurs ne relevant pas des comportements individuels tels que les conditions de travail contribuent aussi de façon importante à ces inégalités de santé. Nous allons illustrer cette question avec l’exemple du cancer du poumon chez les hommes.

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Santé des immigrés : quand les difficultés d’installation détériorent l’état de santé. Exemple de la population immigrée d’Afrique subsaharienne.

Alors que l’accueil des réfugiés devient un enjeu crucial en Europe depuis la dite « crise migratoire » de l’été 2015, le processus d’installation des immigrés est peu renseigné, notamment parce qu’on manque de données longitudinales sur cette question. Les études disponibles portent soit sur la thématique de l’intégration sur le marché du travail ou sur des sous-groupes de population (par exemple bénéficiaires d’un titre de séjour, cf. par exemple l’enquête ELIPA). A partir des données de l’enquête ANRS Parcours, nous avons pu observer le processus d’installation des immigrés d’Afrique subsaharienne à leur arrivée et le mettre en lien avec leur état de santé.

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Comment établir des priorités en matière de réduction des inégalités socio-territoriales de santé ?

Article co-écrit avec Wahida Kihal-Talantikite.

Alors que les inégalités sociales de santé se définissent comme « toute relation entre la santé et l’appartenance à une catégorie sociales » (1), les inégalités socio-territoriales, quant à elles, introduisent l’existence de disparités socioéconomiques entre les territoires reflétant également les disparités dans l’offre et l’accessibilité aux services sanitaires, sociaux et médico-sociaux.

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http://www.courrierdesmaires.fr/31641/inegalites-territoriales-environnementales-et-sociales-de-sante-regards-croises/

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Le vieillissement face au marché de travail

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Un article publié précédemment souligne les défis de la prise en charge du vieillissement populationnel dans les systèmes de protection sanitaire et social. Ce présent article discute des discriminations des personnes âgées dans le marché du travail argumentées sur la baisse de productivité et des performances cognitives des personnes âgées. Qu’en est-il scientifiquement ? Continuer à lire … « Le vieillissement face au marché de travail »

Durabilité de l’Etat-providence : le vieillissement démographique et la construction du concept de vieillissement actif

 

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Le vieillissement démographique est un phénomène qui touche l’Europe ces dernières décennies. En France, l’indicateur conjoncturel de fécondité est resté en dessous de 2,1 depuis les années 80 (taux de renouvellement) et l’espérance de vie a augmenté de 9,2 ans pour les hommes et 8,2 ans pour les femmes entre 1980 et 2018, reflétant le vieillissement de la population. Face à ces changements structurels, quels sont les défis en matière de santé ? Quelles sont les répercussions sur la durabilité de l’Etat-providence de la maintenance de soins pour les personnes âgées? Continuer à lire … « Durabilité de l’Etat-providence : le vieillissement démographique et la construction du concept de vieillissement actif »

La mobilité de la population peut-elle aggraver l’existence d’inégalités sociales et environnementales de santé ?

Aujourd’hui, compte tenu de la croissance démographique et des nouvelles dynamiques urbaines, la mobilité des populations s’accélèrent et les territoires se redessinent. Ainsi, la mobilité de la population apparaît comme une nouvelle dimension à prendre en compte dans les études d’épidémiologie environnementale. De plus, depuis plusieurs années, la littérature scientifique documente le rôle particulier des facteurs socioéconomiques dans les études visant à quantifier l’impact sanitaire des expositions. Aussi, dans ce contexte, la question qui émerge vise à comprendre dans quelle mesure la mobilité de la population pourrait aggraver les inégalités sociales et environnementales de santé.

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